QUE LA FORCE SOIT AVEC... MAIS PUTAIN LAQUELLE ???
Votez Non ! - Mais non, votez Oui ! Ah oui, mais Non ! Mais oui !
Votez Non ! - Mais non, votez Oui ! Ah oui, mais Non ! Mais oui !
Du côté du Web...
Le TCE : quelques références d'adresses et de textes
Le traité établissant une constitution pour l'Europe : un texte imparfait... mais fondateur pour la construction de l'Europe politique
> http://www.lesverts05.org/html/elections/2005/tce_tractvert_240305.html
Les Verts pour un OUI européen solidaire - Intervention de Marie Blandin au Sénat
> http://www.lesverts05.org/html/elections/2005/tce_blandinsenat_060405.html
Quatre questions sur le TCE à Alain Lipietz (sur son site, où il y a d'autres textes intéressants)
http://lipietz.net/article.php3?id_article=1475
Une mise au point de G. Onesta, député Vert européen propos d'une accusation de RM Jennar
http://www.onesta.net/constitution6.html
Beaucoup d'analyses et évaluations du désormais fameux texte d'E. Chouard sous
http://publiusleuropeen.typepad.com/publius/2005/04/etienne_chouard.html,
..où on trouve notamment : Reprenons donc les arguments de M. Chouard
1. Une Constitution doit être lisible pour permettre un vote populaire : ce texte-là est illisible.
2. Une Constitution doit être politiquement neutre : ce texte-là est partisan.
3. Une Constitution est révisable : ce texte-là est verrouillé par une exigence de double unanimité.
4. Une Constitution protège de la tyrannie par la séparation des pouvoirs et par le contrôle des pouvoirs : ce texte-là organise un Parlement sans pouvoir face à un exécutif tout puissant et largement irresponsable.
5. Une Constitution nest pas octroyée par les puissants, elle est établie par le peuple lui-même, précisément pour se protéger de larbitraire des puissants, à travers une assemblée constituante, indépendante, élue pour ça et révoquée après : ce texte-là entérine des institutions européennes qui ont été écrites depuis cinquante ans par les hommes au pouvoir, à la fois juges et parties.
1. Une Constitution doit être lisible pour permettre un vote populaire : ce texte-là est illisible.
Notre professeur nous rappelle donc que ce texte est horriblement long, en en rajoutant sur la longueur (il transforme le format, ajoute des marges, et en fait un document deux fois plus long que ce qu'il n'est). Certes, le texte est long. Je passerai sur le fait que tous les français aient lu la constitution française ou puissent en comprendre tous les enjeux, mais soit, le texte européen est long.
C'est qu'il est le simple reflet de la complexité de l'ensemble que nous créons. Ni Etat classique, ni fédération, mais un ensemble constitué de ce que les Etats ont bien voulu se donner en commun. Le fruit d'un processus long de dévolution pacifique et raisonné de pouvoirs.
Oui, le texte est long. Mais il n'est pas illisible. Il est largement commenté. Il est accessible, et en tout cas très largement plus que la somme de tous les traités antérieurs, avec leurs multiples renvois, ajouts corrections, modifications et adaptations, qui étaient, là, pour le coup, franchement illisibles pour le citoyen. On passe de milliers de pages à quelques centaines. Voilà un pas de franchi.
Ensuite, le texte n'est pas vraiment une constitution au sens classique du terme. Nous en avons déjà beaucoup parlé sur ce blog, mais il s'agit d'un traité entre Etats, qui instituent effectivement l'Union Européenne comme un ensemble politique, et en décrivent valeurs, droits, fonctionnement. Et en profitent pour synthétiser les accords passés, en les améliorant sur de nombreux points. Croire qu'on peut faire plus court aujourd'hui, sauf à la marge, est donc totalement illusoire.
2. Une Constitution doit être politiquement neutre : ce texte-là est partisan.
Non. La partie proprement constitutionnelle (partie I) est neutre. La charte des droits fondamentaux est jugée par certains commentateurs de droite comme plutôt de gauche, mais on peut la considérer comme assez globale, et proche de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
La partie III n'est pas à proprement parler la partie constitutionnelle du texte. Elle n'est en effet pas neutre, puisqu'elle a pour objet de dire comment et dans quelles conditions les Etats souhaitent que soient déléguées à l'Union leurs compétences, sur les aspects qui la concernent, comme le marché ou la politique extérieure. L'UE et ses Etats membres s'accordent sur des objectifs communs, et les détaillent. Comment imaginer que 25 Etats puissent déléguer sans fixer au préalable des règles et des objectifs ? Ceux-ci sont suffisamment généraux pour permettre d'y mener une politique de droite ou de gauche. Pas d'extrème-droite (nationaliste, protectionniste, ...) ni d'extrème-gauche (collectiviste, nationaliste ou internationaliste, ...), certes.
3. Une Constitution est révisable : ce texte-là est verrouillé par une exigence de double unanimité.
Ben oui, il y a double légitimité, mais il est quand même révisable.
Reprenons les bases : l'Union Européenne est un mélange, un partage de souveraineté entre Etats. M. Chouard souhaite-t-il que la modification du texte soit le fait des Etats ou bien du peuple ? Si ce ne sont que les Etats, il s'agit d'un vulgaire traité, et il crierait à l'absence de démocratie. Si ce ne sont que les peuples, alors nous sommes en présence d'un Etat Européen unifié politiquement. Est-ce le cas ? Non. Aucun des peuples européens n'est prêt à laisser l'Europe décider de tout pour lui. Il va donc falloir accepter que le texte soit révisable avec ces deux légitimités. Et accepter que les Etats ne soient aujourd'hui pas prêts à accepter une autre clause de révision (même en cas de victoire du non, aucun Etat ne voudra y renoncer).
Un non ne changera rien à toute autre projet de constitution sur ce point. La règle était la même auparavant, mais sans les peuples. Celà n'a pas empêché la construction européenne d'avancer. Soyons heureux que celà se fasse avec les peuples à présent !
4. Une Constitution protège de la tyrannie par la séparation des pouvoirs et par le contrôle des pouvoirs : ce texte-là organise un Parlement sans pouvoir face à un exécutif tout puissant et largement irresponsable.
Là, M. Chouard va très loin, notamment dans ses articles, et ferait bien de relire Montesquieu, qu'il cite pourtant (sans se rendre compte que ses principes ne sont même pas appliqués en France). Il croit toujours que l'UE est un Etat centralisé comme en France. Mais ce n'est toujours pas le cas. Et en outre il se trompe sur de nombreux points.
Mais l'UE ne peut pas être conçue comme un Etat classique. C'est donc non par la séparation opérationnelle des pouvoirs qu'a été résolu le principe de Montesquieu, mais bien par des systèmes de contrôle tripartites.
Le Conseil n'est pas vraiment l'éxécutif de l'Union, M. Chouard se trompe. C'est la commission qui a le gros du pouvoir éxécutif. Notons que celle-ci est élue par le parlement, après des procédures dont nous pourrions être jaloux en France (audition de chacun des membres du gouvernement par le parlement, vous imaginez ?). Le Conseil, lui, a principalement un pouvoir législatif - et ce n'est pas honteux - et partage également un peu de l'éxécutif, car les Etats ne veulent pas s'y refuser complètement (les Français sont-ils prêts à accepter que le Conseil n'ait plus de mot à dire sur la politique de l'Union ?). Le Conseil, ce serait un peu comme un Bundesrat allemand ou un sénat français qui aurait plus de pouvoir effectif, ce qui est logique dans une fédération. Alors, oui, il y a encore des progrès à faire pour faire progresser le poids du parlement, mais notons surtout que celui-ci a déjà considérablement progressé, que le parlement n'est plus un organe consultatif, mais dispose d'une capacité d'influence enfin réelle sur les textes. Dans une fédération, seule ne compte pas l'assemblée, nous ne sommes pas dans une France jacobine, mais dans une fédération d'Etats.
Je passe sur les désirs de M. Chouard, qui n'existent jamais de fait. Par exemple que les parlementaires puissent révoquer un commissaire seul, et pas la commission en bloc. Vous croyez que l'assemblée peut révoquer un ministre en France ? Ou bien qu'il y a une affaiblissement du contrôle parlementaire (là où il y a un clair renforcement).
Bref, le législatif existe, et il est séparé de l'éxécutif, et tous deux s'auto-contrôle, dans la limite de ce qui est possible dans une fédération d'Etats.
5. Une Constitution démocratique est forcément établie par une assemblée indépendante des pouvoirs en place.
Encore une fois, l'argument suprème et populeux de la parole au peuple direct, seul moyen unique de créer une constitution, par opposition aux "puissants", ces horribles gouvernements (pourtant élus). L'opposition entre faibles et puissants devrait attirer l'attention du lecteur, là où il s'agit des citoyens et de leurs élus, et non de serfs et leurs monarques.
Evidemment, dans une nation qui se constitue lors d'un moment historique, il a souvent été fait appel à une assemblée spéciale. Ce n'est pas le cas partout. Par exemple en France, où notre propre constitution actuelle a été rédigée par le bon monsieur Debré, ou bien dans une foule d'Etats. En outre, comment peut-on imaginer que ce soit le cas en Europe ? Quelles seraient les règles de désignation d'une telle assemblée ? On passerait des années à créer un tel organe, pour savoir quelle serait la répartition des sièges. Les peuples veulent-ils, par ailleurs, que des représentants directs créent un texte où n'interviendraient pas leurs Etats ? Nul ne le sait, mais faire appel au souvenir révlutionnaire français est trop tentant pour M. Chouard.
Rappelons pour la forme que la convention qui a élaboré le texte a associé des représentants de chacun des peuples de l'Union, des représentants directs du peuple européen, des représentants des Etats, et a consulté très largement, dans la plus grande transparence, la société européenne. C'est du jamais vu dans l'histoire internationale. Mais, non, on préfère attiser les peurs en parlant des puissants.
Bref. La critique du texte est simple. La construction européenne ne l'est pas. Il est difficile d'y voir clair, de comprendre ce qui est à l'oeuvre. Mais il est trop facile, sous le prétexte de cette complexité, de céder à la tentation du refus en bloc.
Emmanuel Todd : "Il faut une préférence communautaire"
LE MONDE | 26.04.05 | 14h07 . Mis à jour le 26.04.05 | 14h23
Emmanuel Todd est démographe et anthropologue
En 1992, vous étiez opposé au traité de Maastricht. Vous semblez moins
hostile à la Constitution européenne. Pourquoi avez-vous évolué ainsi ?
Ces deux référendums ne sont pas du tout de même nature. Le traité de
Maastricht présentait un réel enjeu. Le oui avait pour conséquence la
création d'une monnaie unique et, pour l'atteindre, la poursuite d'une
politique monétaire très dure et très dommageable pour l'industrie, qui
faisait souffrir le monde ouvrier d'une manière jamais vue jusque-là. Sans
l'euro, le franc devenait immédiatement une monnaie faible et les conditions
de vie pouvaient s'améliorer très vite, et c'était là la raison principale
de mon choix.
Pourtant, avec le recul, même si je reste fier d'avoir voté contre
Maastricht, j'ai dû me rendre à l'évidence qu'il valait mieux, finalement,
avoir fait l'euro. Nous sommes dans une crise mondiale majeure et l'on voit
bien qu'au moment de la guerre en Irak la France qui s'y opposait a
démultiplié sa puissance et sa capacité d'influence parce qu'elle était
encastrée dans l'euro. Le référendum sur la Constitution est infiniment
moins crucial. Le traité lui-même est un texte relativement mineur de
réorganisation du système de pouvoir. La seule chose réellement importante,
ce sont les procédures de vote au sein de l'Union.
Vous étiez pourtant un sévère contempteur de la globalisation et du
libéralisme que combattent les partisans du non...
Oui, et c'est justement pour cela que je n'ai pas à démontrer ma bonne foi
sur ce terrain. Or il me semble que cette focalisation sur le
libre-échangisme, qui a toujours fait partie de la construction européenne,
manque de sincérité. A vrai dire, je suis aujourd'hui en opposition
stratégique avec le non de gauche. Dans l'univers qui s'annonce, on ne peut
confondre l'ultralibéralisme avec l'économie de marché. L'ultralibéralisme
est en train de mourir avec l'économie qui le porte, cette économie
américaine qui est maintenant attachée à un Etat devenu fou.
L'Europe est en train de lui faire la peau, grâce à l'euro. Bientôt, dans un
monde qui étouffe de ce libre-échangisme asymétrique, le centre de gravité
réel de l'économie repassera l'Atlantique et c'est dans le cadre d'une
Europe organisée que l'on pourra définir de nouvelles règles. L'important,
aujourd'hui, c'est de comprendre que la politique budgétaire n'est efficace
que dans le contexte d'une économie relativement protégée à ses frontières.
Faut-il que l'Europe adopte un plus net protectionnisme ?
Oui, seul le protectionnisme permettra d'éviter la pression extérieure sur
les salaires ouvriers. Mais ce protectionnisme n'a de sens qu'à l'échelle
européenne. La seule façon de faire échapper les sociétés de l'Ouest à leur
sentiment d'étouffement est dans le retour à la préférence communautaire sur
le plan économique. Or on ne peut aller dans ce sens sans un minimum
d'accord politique.
Jugez-vous que ceux qui militent aujourd'hui pour le non sont antieuropéens
?
Ils sont assez étroitement et traditionnellement français. Et les postures
du genre "Nous voulons l'Europe mais pas celle-là" sont fragiles, car elles
ne proposent pas d'autre projet européen...
Pourquoi, cependant, une telle poussée du non ?
Je comprends que les gens soient préoccupés par les délocalisations. Mais la
construction d'une entité méta-nationale aboutit à la création d'un marché
intérieur uniforme dans lequel il faut abolir les barrières douanières,
comme la Révolution française l'a fait dans ses provinces. Et
personnellement je trouve parfaitement normal de consentir des aides aux
pays d'Europe centrale qui viennent d'entrer en Europe : ils ont tout de
même subi un demi-siècle de totalitarisme !
Au-delà, pourtant, cette campagne révèle une crise proprement française. On
voit bien cette atomisation des oppositions, cet éclatement du vote comme
lors du 21 avril 2002. Mais la souffrance des gens ne rencontre aucune
réponse des appareils politiques, ni à droite, ni à gauche, ni chez les
rentiers de la contestation que sont Olivier Besancenot et Arlette
Laguiller, ni au FN.
Dans quel état d'esprit voterez-vous le 29 mai ?
J'ai vingt fois hésité à voter non, et m'abstenir n'est pas dans mon
tempérament. Je voterai oui, cependant. Par raison plus que par coeur et
parce que j'ai conscience du contexte géopolitique dans lequel nous sommes
et de la nécessité d'une bonne entente européenne dans une période où les
Etats-Unis sont à la dérive. La France n'a que 60 millions d'habitants et
perdra de sa puissance dans cet ensemble de 450 millions d'Européens. Mais
60 millions d'habitants, ce n'est pas suffisant face aux Etats-Unis, à
l'Inde et à la Chine. Et je considère qu'il y a un moyen d'être fidèle à sa
nation en acceptant de ne plus croire qu'elle est le centre du monde.
Propos recueillis par Raphaëlle Bacqué
Article paru dans l'édition du 27.04.05
Encore incomplet, le traité permettra de sortir de celui de Nice.
Le non au futur induit le oui au présent infini
Par Guy CARCASSONNE
jeudi 21 avril 2005
Guy Carcassonne professeur de droit public à l'université de Paris-X Nanterre.
Le problème, pourtant, est que l'alternative réelle n'est pas celle-là. Le véritable choix n'est pas oui ou non à cette Constitution, mais oui à cette Constitution ou oui aux traités actuels, car le refus de la première installera pour longtemps les seconds (1).
D'ordinaire, les Français ont une perception claire de ce qu'il s'agit de changer. Ils connaissaient bien la IVe République lorsqu'il leur fut demandé s'ils voulaient la Ve. Ils connaissaient bien la situation de l'Algérie française lorsqu'ils furent invités à s'exprimer sur l'Algérie algérienne. Ils connaissaient le franc mieux que personne lorsqu'il leur fut proposé de programmer sa disparition au profit de l'euro. Ils avaient depuis longtemps expérimenté le septennat lorsqu'on leur demanda d'opiner sur le quinquennat, et l'on pourrait ainsi reprendre, à la même lumière, pratiquement tous les référendums passés.
Aujourd'hui, d'un côté, aucune innovation de la Constitution européenne ne peut jouer le même rôle catalyseur et symbolique qu'avait eu la monnaie unique dans le débat sur Maastricht. D'un autre côté, les Français ne sont sans doute pas très au fait de ce que signifierait l'application durable du traité de Nice.
Cette double carence opacifie les enjeux. Dès que l'on s'en avise, plusieurs conséquences en résultent.
Premièrement, la presse accomplit des efforts importants pour informer les Français sur le contenu de la Constitution européenne. Il faut lui en savoir gré. Mais il faut également souhaiter qu'elle décrive l'autre terme de l'alternative, ce que sera Nice si nous n'avons pas Rome, afin que s'établisse la comparaison pertinente.
Deuxièmement, chacun peut choisir de se résigner à l'existant, les plus optimistes faisant alors le pari que l'application du traité de Nice sera à ce point insupportable qu'elle forcera à en sortir un jour ou l'autre et que, ce jour-là, le nouveau projet constitutionnel qui naîtra sera meilleur que l'actuel. Mais ce pari ne semble pas très rationnel. Pour modifier Nice, comme pour modifier la Constitution si elle est adoptée, il faudra en passer dans les deux cas par l'unanimité. De deux choses l'une : soit l'unanimité est possible et elle pourra tout aussi bien se consacrer à améliorer la Constitution qu'elle pourrait se former pour réviser les traités actuels ; soit l'unanimité n'est pas possible avant longtemps, et l'Europe resterait durablement scotchée au byzantinisme niçois si elle n'avait pas eu la clairvoyance d'engranger les avancées, substantielles même pour qui les juge insuffisantes, qu'apporte déjà la Constitution.
Troisièmement, enfin, ceux, nombreux, qui rêvent d'une Constitution meilleure pourront continuer de militer pour elle mais le feront sur une base plus solide qu'aujourd'hui. Le refus, surtout français, du compromis actuel ne renforcerait la position que des adversaires de l'Europe ou des partisans de sa conception minimale.
Voter est une liberté, mais c'est aussi une fonction, exigeante. Plus qu'une partie de plaisir, c'est un moment de responsabilité, au vu de l'offre disponible qui ne peut satisfaire tous les goûts. Cette offre, ici, n'est pas entre cette Constitution et une autre qui aurait pu ou pourra être meilleure. Elle est entre ce traité ou tous les autres auxquels elle se substitue. Même ceux qui, spontanément, ne sont pas assez séduits pour voter oui à ce texte le feront néanmoins s'ils veulent voter non à celui de Nice. Et ceux qui voteront non malgré tout, n'auront pas une Constitution meilleure : ils auront seulement dit oui au statu quo.
(1) Contrairement à ce qu'avait naguère affirmé Laurent Fabius, le traité de Nice ne disparaîtra pas en 2009. A cette date, il serait renégocié, certes, mais son article XI stipule expressément qu'il «est conclu pour une durée illimitée», de sorte que si ces négociations échouaient et, exigeant l'unanimité, elles ne pourraient réussir qu'aux conditions fixées par les plus réticents c'est le traité de Nice qui régirait l'Europe «pour une durée illimitée».
http://www.liberation.fr/page.php?Article=291126
Témoignage d'un revenu du Oui
suivi d'un inventaire d'arguments inédits en faveur du Non
A 15 jours de l'échéance électorale du 29 mai, je crois de mon devoir de citoyen
dapporter au débat public quelques éléments tirés de mon expérience personnelle. Je
nai pas eu le courage d'en prendre le temps auparavant, je le fais maintenant sans
plaisir.
De prime abord naturellement favorable au projet de Constitution européenne un
« oui du cur » , jai passé tout le temps de la campagne à lintérieur de lun des
principaux états-majors du Oui jusquà ce que, progressivement confronté au texte luimême
par la nécessité de répondre aux arguments du Non, jen vienne à mopposer à
moi-même dans la conscience du danger que ce projet de Constitution faisait courir à la
démocratie républicaine.
Instruit par les incohérences argumentatives du Oui, se sont bien plutôt imposés à
moi nombre d'arguments favorables au Non, jamais entendus, qui m'ont retourné et
engagé à soutenir résolument un "Non de raison". Sils mont convaincus, peut-être
pourront-ils servir à dautres.
---------
Je mappelle Thibaud de La Hosseraye, jai 28 ans et une formation à la fois
commerciale (HEC, spécialisation « Europe ») et philosophique (D.E.A). Sur les
mérites supposés de ces diplômes (et, peut-être, dun prix de lAcadémie des Sciences
morales et Politiques)
(1), jai été recruté en décembre 2004 par le club Dialogue &Initiative
pour participer bénévolement à leurs travaux. Laboratoire didées du courantde pensée de Jean-Pierre Raffarin, donc véritable « brain trust » du Premier Ministre,
Dialogue & Initiative est structuré en Commissions chargées dapprofondir différentesthématiques en vue dalimenter la réflexion des parlementaires se reconnaissant dans
cette sensibilité politique
(2).1- Le lecteur voudra bien excuser cette mention biographique, peut-être pas inutile cependant à un moment de la campagne électorale où les discrédits ad hominem et les arguments de pure autorité semblent avoir pris le pas sur la stricte considération des contenus, auxquels jen viens immédiatement.
2- Dans le cadre de la campagne électorale, Dialogue & Initiative orchestre le soutien au projet de Constitution des ministres (Dominique Perben, Dominique Bussereau ) et parlementaires (François Baroin, Valérie Pécresse ) liés à ce club, par lorganisation de dînerdébats, la création dun site Internet (www.lesamisduoui.com), la production dargumentaires, de petits films humoristiques et de "cartes à gratter".
Jai pour ma part intégré la
Commission Europe. Mais ce que je navais pas prévu,cest que, dune réflexion de fond devant initialement porter sur le contenu de lidentité
européenne, nous allions bientôt nous trouver engagés de plain-pied dans la campagne
référendaire. Dès janvier 2005, il na plus été question de réfléchir posément à la
définition de « la meilleure Europe possible », nous étions activement mobilisés pour
produire des argumentaires en faveur du Oui.
Ayant toujours été très favorable à la construction européenne et néprouvant
aucune réticence à lidée de la doter dune Constitution, je me suis volontiers adapté, et
jai commencé à étudier de près ce projet de Constitution pour produire des
argumentaires de soutien. Cela était somme toute cohérent : cest parce que ma
spécialité supposée était largumentation que lon me missionnait à présent en priorité
sur la rédaction dargumentaires.
---------
Alors que je macquittais du moins mal que je pouvais du travail que lon mavait
confié, jai été, au milieu de la campagne, lors dune de nos réunions hebdomadaires du
lundi
(3), troublé dentendre le participant le plus autorisé énoncer sur le ton delévidence que « comme on ne peut pas contrer les arguments du Non, il faut le
discréditer, le ringardiser »
(4) . sans que cela ne soulève la moindre vague deprotestation chez les participants. Outre son caractère déontologiquement contestable,
cette stratégie me paraissait se fonder sur la résignation à une déconvenue théorique :
or, pour ma part, cétait parce que jétais convaincu de la plus grande pertinence des
arguments du Oui que jacceptais de militer en sa faveur.
3- Composées de membres de cabinets ministériels, de membres du Service dInformation du Gouvernement (SIG), dun membre du Cabinet du Premier Ministre, de membres de létat-major de Dialogue & Initiative, ainsi que des membres de la Commission Europe.
4- Cest à ce moment précis de la campagne électorale que, face à la montée du Non dans les sondages, a été décidé de se battre non plus sur le terrain des idées mais en discréditant le camp du Non (on nous a juste informés de ce changement de stratégie, décidé ailleurs). Pour cela, il sagissait de « faire donner la charge » par des personnalités de la société civile (intellectuels, sportifs, stars en tous genres) influentes sur lopinion publique, tout en sautorisant à employer des méthodes contestables dans leur principe et douteuses dans leur expression, comme les attaques personnelles ou ces cartes à gratter dont Le Monde du 08 mai sest fait lécho. On me dira sans doute que cest là le lot de toute campagne électorale : sans doute, mais cela nautorise pas à sen satisfaire et à ne pas chercher à sen distinguer.
Mais, du jour où je constatais que ceux-là même qui proclamaient haut et fort leur
attachement au projet de Constitution nhésitaient pas, dans le même temps, à
reconnaître la supériorité théorique des arguments du Non sans en tirer pour euxmêmes
de conséquences, jétais en droit de minterroger sur leurs motivations réelles à
soutenir leur camp. Si ce nétait pas par conviction, pour quelle raison, alors ?
Nul ne peut le dire à leur place. Mais, pour ce qui est des responsables politiques
eux-mêmes, dont les participants aux réunions de Dialogue & Initiative ne sont que les
fidèles collaborateurs (plus ou moins directs), il suffit ici de constater combien leur
engagement si fébrile en faveur dun Oui qui ne les convainc pas paraît à tout le moins
accréditer lhypothèse que leur spontanéité à choisir leur camp se trouve limitée par
lintérêt direct quils ont à ce que cette Constitution soit ratifiée : en cas de victoire du
Non, ils seraient les premiers à en faire les frais dans la mesure où ils seraient
définitivement discrédités pour renégocier quelque nouvelle Constitution que ce soit.
Et en effet, si cette Constitution dont gouvernements de droite comme de gauche se
sont rendus responsables(5) ne passe pas, le problème nest pas quelle ne pourra pas
être renégociée (6), mais seulement que cest par eux quelle ne pourra pas lêtre (cf.
largument 11). Dès lors il devient impératif, pour tout professionnel de la politique
disons un minimum soucieux de son avenir, duser de tous les moyens disponibles pour
faire passer cette Constitution, quil soit ou non convaincu de ses bienfaits.
Ce à quoi nous assistons.
5- via la signature, depuis quelques dizaines dannées, des traités antérieurs qui se trouvent intégrés à la partie III. Le concert unanime des soutiens au projet de Constitution, de François Hollande à DSK, de Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy, étonnamment soudés, manifeste combien droite et gauche libérale confondues se reconnaissent également responsables dun texte quils appellent de leurs vux depuis plus dune dizaine dannées. Ils le revendiquent dailleurs explicitement.
6- Cela est même très expressément prévu par la Déclaration A 30 de lacte final du texte « concernant la ratification du Traité établissant une Constitution pour lEurope » (p. 186 dans lexemplaire du Traité constitutionnel envoyé à tous les Français).
Pour ma part, la prise en compte de ce caractère irrationnel(7) du soutien au projet
de Constitution ma enjoint à un surcroît dexigence intellectuelle : puisque les
arguments dautorité qui mavaient jusqualors impressionné en faveur de la
Constitution ne me paraissaient plus recevables, parasités quils étaient par des calculs
personnels, je ne pouvais désormais prendre appui, pour soutenir mon Oui, que sur des
arguments dûment fondés en raison.
7- puisque les arguments de raison nétaient plus écoutés
Autrement dit, cette remarque si révélatrice faite tout haut en réunion, jointe à mon
côtoiement régulier des membres de cabinets ministériels (lors de nos réunions
hebdomadaires), ma donné une succincte mais suffisante connaissance du contexte qui
ma reconduit à une lecture plus attentive, davantage littérale du texte lui-même.
Pour mon travail sur les argumentaires, on ne me demandait dailleurs pas autre
chose, et puis, navais-je pas été recruté aussi pour lindépendance desprit censée
permettre un authentique travail intellectuel ?
---------
Or justement, en revenant au texte, rien quau texte, je nai pu quêtre intrigué par
son caractère disparate, mêlant curieusement dispositions institutionnelles et
prescriptions de politique économique qui nont a priori rien à faire dans une
Constitution. Pourquoi diable avoir brouillé le message proprement constitutionnel avec
des prescriptions économiques relevant dun autre ordre juridique, celui dune loi-cadre
? Et quelle conclusion en tirer, sinon que cette Constitution poursuit manifestement
dautres objectifs que strictement constitutionnels ?
Cest par un tel raisonnement, aussi scrupuleusement impartial et documenté que
possible, que jai peu à peu réalisé une chose qui a choqué le démocrate en moi, la
fonction inavouée du projet de Constitution : servir de machine daccréditation
exclusive et définitive dune idéologie politique déterminée, celle du libéralisme.
Tout se passe comme si les rédacteurs de cette Constitution, de droite comme de
gauche, avaient cherché à profiter dune nécessaire réforme des institutions européennes
que nul ne conteste dans une Europe élargie à 25 membres pour constitutionnaliser en
douce la politique économique à laquelle ils étaient unanimement favorables.
Inutile de préciser que je ne suis pas pour autant passé du libéralisme social (à
vocation humaniste) qui caractérise le courant Raffarin au socialisme, même libéral,
dun Cohn-Bendit ou dun DSK. Pour moi, le libéralisme est tout à fait défendable, au
moins à moyen terme, comme orientation dune politique économique salutaire dans
une conjoncture économique donnée, mais pour autant seulement quon ne prétende pas
labsolutiser en principe directeur exclusif de toute autre possibilité dorientation
économique
(8). Il me semble que toute la puissance de rassemblement du gaullismerésidait précisément dans cette capacité douverture théorique, éminemment
démocratique et pragmatique, permettant de conjuguer, selon les circonstances et les
domaines, jusquaux extrêmes du capitalisme et de la planification.
8- Ce libéralisme liberticide, qui restreint dogmatiquement la liberté de choix économiques, se condamne lui-même en se contredisant ainsi. Dès 1952 dailleurs, de Gaulle stigmatisait les absurdes prétentions à sabsolutiser dun « libéralisme qui ne libère personne ».
---------
Ce quil y a dinacceptable, dans le projet de Constitution, cest que le libéralisme
ny est pas présent seulement comme une politique parmi dautres possibles, mais
comme lunique principe normatif dun processus qui saffirme irréversible et qui se
subordonne explicitement lensemble des objectifs déclarés, y compris dordre social
(9)
.9 - Que toute autre considération soit subordonnée à ce principe libéral, c'est en effet incontestable : pour la première fois dans un Traité européen, le principe dune « concurrence libre et non faussée » se voit élevé au rang dobjectif de lUnion. Ce nétait jusquici quun simple moyen (cf. le traité CE consolidé, article I-3-g). Larticle I-3-2 définit la réalisation dun « marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée » comme le deuxième objectif de lUnion par ordre dimportance, auquel tous les autres se trouvent par conséquent subordonnés.
Et, ce qui est plus inacceptable encore, cest que toutes les précautions soient prises
pour le dissimuler à une lecture honnête
(10).10 - Cela éclate dans plusieurs aspects : dans son caractère illisible pour le commun (ce qui présente pour avantage de contraindre le citoyen à devoir sen remettre, pour se déterminer, aux arguments dautorité des "experts" et des "personnalités" plutôt quà saraison), dans le fait quà propos dun même article on puisse juridiquement soutenir une chose et son contraire, dans le fait quelle proclame une « Charte des droits fondamentaux » pour aussitôt la vider de son contenu (cf. argument 4), quelle allie curieusement dispositions institutionnelles et politiques économiques, etc.
Cest donc la prise de conscience que cette Constitution avait pour fonction dêtre
un écran de fumée constitutionnalisant une idéologie déterminée, qui mest apparu
comme un grave danger pour la démocratie, et qui a converti mon « oui du cur » en un
« non de raison ». Bien que les références et contraintes libérales courent dans toutes ses
parties (I, II, III et IV), ce que lon cherche en priorité à constitutionnaliser, dans cette
Constitution cest la partie III, qui est une reprise des traités antérieurs et qui élève de ce
fait leur contenu au rang de Constitution.
Je mexplique :
Lobjectif officiel de cette Constitution est dapporter à lUnion européenne les
modifications institutionnelles lui permettant de fonctionner à 25 membres.
Mais très vite, on saperçoit que cet objectif est dépassé, et sert en fait de prétexte pour
faire passer autre chose de bien plus important
(11). En effet, la Constitution consacre60 articles aux questions proprement institutionnelles et tout le reste si on exclut la
longue et inefficiente « Charte des droits fondamentaux » (54 articles) à la définition
des politiques de lUnion, soit 325 articles sur un total de 448 ! Cest dire si cette
Constitution décrit moins des institutions que des politiques, moins un contenant que
des contenus.
11- La partie constitutionnelle proprement dite (cest-à-dire celle qui concerne la répartition des pouvoirs au sein de lUnion) ne concerne que les parties I et IV du texte. La partie III, qui reprend les politiques économiques définies dans les traités antérieurs, est subrepticement glissée pour recevoir du même coup lapprobation des citoyens : on nous assure benoîtement que puisquelle ne fait que reprendre les traités antérieurs, elle najoute rien de nouveau oui, à ceci près que cest la première fois que lon nous demande notre avis sur cette partie là des traités européens, et que, surtout, lon nous demande délever au rang de Constitution ce qui nétait jusqualors que de simples traités internationaux. Ces politiques économiques contenues dans la partie III nont rien à faire dans une Constitution, sauf si justement lon poursuit dautres objectifs que ceux que lon proclame.
Lobjectif officieux, bien réel, est de consacrer enfin en un seul texte référent plus de 10
ans de dérive européenne vers un modèle de politique économique tendancieux,
exclusivement libéral, et en cela éminemment idéologique par sa prétention à exclure
toute possibilité dalternative réelle.
On nous demande donc en réalité bien plus que notre avis sur de simples évolutions
institutionnelles : on nous demande si oui ou non nous voulons constitutionnaliser ce
texte là qui, à des dispositions proprement institutionnelles, ajoute des prescriptions
économiques dexclusivisme libéral.
Il ne me paraît par conséquent pas trop fort de parler de manipulation
démocratique, dans la mesure où lon use sciemment dun subterfuge(12) (la promotion
dévolutions institutionnelles, habillées dune rassurante rhétorique sociale et
humaniste) pour faire enfin ratifier, sans avoir lair dy toucher, ce que lon sait
pertinemment être une doctrine économique des plus suspectes aux yeux de lopinion
publique française (en raison même de lattachement toujours manifesté de celle-ci à
lidéal social et républicain hérité de la Révolution de 1789 et précisé dans le
programme de la Résistance mis en uvre par le Général de Gaulle dès 1945).
Cest même précisément en raison de son caractère notoirement incompatible avec
la spécificité du projet social français que les dirigeants européens de droite comme de
gauche, prévoyant les réticences du peuples français à sanctuariser la doctrine
économique du libéralisme si on le lui demandait clairement, ont trouvé ingénieux de
confier à Valéry Giscard dEstaing, fin connaisseur des réalités françaises et fin
tacticien, le soin de diriger la rédaction dune Constitution glissant habilement ce qui
pouvait être contesté au milieu daménagements institutionnels incontestés (13). On ne
cherche rien de moins quà forcer la main aux peuples, et dabord à celui dentre eux
dont la priorité sociale est sans doute la plus exigeante.
En définitive, tout indique que cette Constitution a été rédigée dans le but très
précis dimpliquer la volonté populaire et plus particulièrement française- dans la
constitutionnalisation dune certaine doctrine économique, à lexclusion de toute autre,
alors même que le propre dune Constitution démocratique, ou même simplement
authentiquement libérale, est de permettre au peuple souverain de pouvoir choisir entre
différentes théories économiques.
12- Conscients des réticences de certains peuples, et du peuple français entre tous, face aux évolutions libérales de la société, on a recours à un subterfuge pour faire passer (et inscrire dans la durée, au nom de la générosité de lidée dune union européenne) une pilule un peu difficile à avaler.
13- Le décalage croissant entre lexigence dun projet social ambitieux traditionnellement porté par la France et lidéologie libérale bruxelloise que lon nous demande aujourdhui de ratifier est chaque jour plus manifeste : cest en France que la directive Bolkestein a provoqué le plus grand tollé (auquel les politiques ne se sont joints que sur le tard pour ne pas être dépassés). On peut être sûr que cette directive, actuellement « mise en sommeil » à Bruxelles, ressurgira sitôt le référendum français passé (cf.argument18).
Si, après ladoption de cette Constitution, il na plus le choix quentre le libéralisme
et le libéralisme que lon y soit ou non favorable, là nest pas la question, où est
encore la liberté ?
Dès lors, la responsabilité du peuple français dans le scrutin du 29 mai est la
suivante : cautionner ou non, par son suffrage, des évolutions libérales qui excluent
toute possibilité de retour en arrière(14), et donc toute possibilité de faire à lavenir
dautres choix en matière économique. Souhaitons-nous, oui ou non, nous attacher
définitivement le cou à une doctrine économique, quelles que puissent être ses dérives
ultérieures ou ses contre-performances ?
14- En pratique, toute possibilité de retour en arrière est écartée puisquil sagit dune Constitution qui ne peut être modifiée que par une double unanimité : dune part celle de tous les chefs dEtat, dautre part celle de tous les peuples. Outre donc lextrême difficulté technique quil y aura à modifier la Constitution européenne (mais cela est relativement compréhensible si lon souhaite lui assurer la stabilité dune Constitution), il va sans dire que, le peuple français étant le plus socialement exigeant des peuples européens, il ne sera très vraisemblablement pas suivi par lunanimité des peuples européens quand il exprimera des velléités de progrès social rognant lorthodoxie libérale.
Cest lampleur de ce danger que je vais à présent mefforcer de montrer, à travers
lexposé de 15 arguments, à ma connaissance inédits, en faveur du Non. Par mon rôle
même chez Dialogue & Initiative, jai une certaine familiarité avec les arguments du
Non, mais les points suivants nont, me semble-t-il, jamais encore été relevés, en dépit
de leur importance, à mes yeux décisive. A quoi tient le fait quils soient encore inédits
? Je ne me lexplique pas. Peut-être fallait-il dabord toute la distance dune position
longtemps favorable au Oui pour permettre leur ébauche, puis les nombreux débats qui
m'en ont précisé les contours.
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PLAN DE L'ARGUMENTAIRE
Les 19 arguments de cet inventaire peuvent se regrouper selon 6 thèmes successifs,
chacun comprenant 4 arguments, dont le dernier est en même temps le premier du
groupe suivant : c'est une présentation qui voudrait mettre en lumière la cohésion
organique des thèmes abordés en conjuguant autant que possible l'ordre analytique (des
arguments) et l'ordre synthétique (des thèmes), dans une progression continue :
1- Sur une prétendue incompatibilité des Non au sein du Non, et l'impossibilité qui
s'ensuivrait d'en dégager une signification univoque en vue d'un projet alternatif :
arguments 1-2-3-4.
2- Sur le retournement de l'objection (précédemment réfutée) par la mise en lumière de
l'incohérence du Oui, en particulier de celle propre au Oui de gauche : arguments 4-5-6-
7.
3- Sur la tentative de coup de force d'une légitimation rétroactive des Traités antérieurs,
avec pour seule alternative de les ratifier ou...de les garder ! : arguments 7-8-9-10
4- Sur l'illégitimité de l'auto-négation de la puissance nationale, même en vue de la
supra-nationalité d'une puissance européenne que cette Constitution, de toute façon,
interdit : arguments 10-11-12-13.
5- Sur le caractère d'abord anti-européen de cette Constitution, d'où peut se déduire la
seule finalité susceptible de lui donner un sens : arguments 13-14-15-16.
6- Sur l'élucidation, à partir de cette mise en évidence, du véritable sens de
l'incohérence théorique du Oui de gauche, dans une perspective stratégique : arguments
16-17-18-19.
Les arguments articulant les thèmes seront "colorisés" en
rouge.------------------------------------------------------------------------------------
RESUME DES ARGUMENTS
La France est reconnue, distinguable dans le monde non seulement pour les idéaux de
liberté, dégalité et de fraternité issus de 1789, mais aussi pour la spécificité du projet
social, issu de la Résistance, qui en découle. Sur ce fondement :
L
argument 1 montre qu'un rejet par la France du projet de Constitution aurait unesignification particulière : cela signifiera lexigence de plus de social dans le projet
européen. D'où sa valeur éminemment positive, constructive.
L
argument 2 constate que, entre partisans du Oui et ceux du Non, il y a accord sur lesujet du désaccord : tous reconnaissent que cest le contenu libéral de la partie III du
projet de Constitution qui pose problème.
L
argument 3 montre que le sens du Non souverainiste est lui aussi anti-libéral. L
argument 4 constate cette homogénéité du Non et relève, a contrario, la différencede fond entre le Oui de droite et le Oui de gauche : lun accepte telle quelle la forme de
libéralisme consacrée par la Constitution, lautre prétend pouvoir la corriger.
L
argument 5 montre que, en raison de la signification sociale d'un Non français, lagauche prend un risque stratégique majeur à soutenir le Oui: celui de laisser l'initiative
du Non à un pays lui donnant un moindre sens social.
L
argument 6 montre que l'argument précédent n'est jamais invoqué précisémentparce qu'une Constitution plus libérale encore paraît, même à la gauche, difficilement
réalisable.
L
argument 7 montre quen vertu de sa subordination explicite aux législationsnationales, la Charte des droits fondamentaux na aucune valeur normative : elle nest
pas juridiquement contraignante pour les Etats membres.
L
argument 8 relève que puisque cest le contenu libéral de la partie III de laConstitution qui fait le plus débat et qui apparaît comme le point décisif au sujet duquel
vont sexprimer les électeurs, ce serait un déni de démocratie particulièrement flagrant
que de lappliquer quelle que soit lissue du vote, en tenant pour rien lexpression de la
volonté populaire.
L
argument 9 montre que lon a mis les électeurs devant un fait accompli : lalibéralisation à outrance de léconomie européenne. En leur expliquant que plus rien ne
peut être fait contre cela même pour quoi on leur demande pourtant de voter, on leur
demande en réalité dériger un fait en droit.
Les
arguments 10 et 11 montrent que les dirigeants qui aujourdhui prétendent touterenégociation de la Constitution inenvisageable se discréditent davance pour une
éventuelle renégociation demain. En cela, le vote du 29 mai est bien aussi un enjeu de
politique nationale, sur le choix de nos dirigeants de demain.
L
argument 12 relève combien la dénonciation d'un "débat franco-français" à proposdu débat sur la Constitution manifeste une conception de l'Europe négatrice des
identités nationales.
Largument 13 montre que le contenu exclusivement libéral du projet de Constitution
conduit à une dilution de lEurope, en ne distinguant aucunement le libre-échange
régissant les rapports entre ses Etats membres de celui promu, hors delle, par la
mondialisation(15).
15- Les grandes puissances du monde, à commencer par le Japon et les Etats-Unis, mènent des politiques économiques volontaristes et pragmatiques, sans sinquiéter de savoir si cela est conforme à tel ou tel dogme de lorthodoxie libérale. Typiquement, les Etats-Unis, hérauts du libéralisme, ne sinterdisent ni le protectionnisme (en conservant des droits de douane -là où la Constitution organise au contraire leur suppression progressive- et en mettant en place des barrières pour protéger leur industrie), ni la relance keynésienne par lintervention ponctuelle de lEtat dans léconomie. LEurope pour sa part sy refuse dogmatiquement et sexpose ainsi sans se protéger, comme elle le découvre avec linvasion du textile chinois depuis la fin des quotas dimportation le 1er janvier 2005.
Largument 14 montre que lattachement définitif à lOTAN signe larrêt de mort du
projet dEurope européenne.
L'argument 15 montre que les bienfaits de lEurope vantés par les partisans du Oui
plaident au contraire pour le rejet de cette Constitution.
L'argument 16 montre en quel sens on est conduit à dire que cette Constitution n'a
d'autre finalité que de subvertir les fondements même de l'état de droit.
Les argument 17, 18 et 19 exposent comment les partisans dun « Oui de gauche »
pratiquent sciemment la politique du pire pour mieux simposer dans la politique
nationale. Leurs arguments pour rejeter la directive Bolkestein en sont une parfaite
illustration.
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EXPOSE DES ARGUMENTS
1/
Un Non français sera d'abord, aux yeux de l'Europe comme du monde, celui de laFrance et en cela, il parlera de lui-même en raison du projet social français qui la
caractérise et de la tradition historique où il s'inscrit, au moins depuis le programme
gaullo-communiste issu de la Résistance et qui est exactement ce que la Constitution
européenne remet en cause dans la notion de service public
(16).16- en dépossédant la collectivité nationale de son autonomie de gestion de tout service public susceptible d'être soumis à une "concurrence libre et non faussée" (EDF, transports, etc.), c'est-à-dire en assimilant la propriété publique de tels services à une propriété privée ne visant qu'à un maximum de rentabilité: de sorte qu'à terme, il n'y ait plus que des désavantages à ce qu'elle demeure publique (d'où la substitution progressive et irréversible, à toute entreprise publique, de "missions de services publics", offertes en pâture à la concurrence d'entreprises privées).
2/
Les partisans du Oui les premiers, de droite comme de gauche, se sont chargés declarifier le sens du Non puisquils n'ont cessé, jusqu'ici, de tenter de convaincre les
Français que cette Constitution nest pas libérale. Cest bien la
reconnaissance que cequi pose problème, cest son libéralisme
, et ce pour tout le monde (17).17- à part Sarkozy et de plus en plus de représentants de la majorité gouvernementale qui, devant l'impossibilité, désormais, de rester crédibles en niant ce caractère libéral, pensent plus stratégique, sur le court et long terme, de s'en réclamer ouvertement, d'imputer au "modèle Français" les carences de sa gestion et, plutôt que d'y remédier, proposent de "changer la France grâce à l'Europe" (c'est-à-dire de continuer à s'appuyer sur Bruxelles pour se dédouaner de ce dont les Français ne veulent pas).
3/
Le Non souverainiste est lui aussi anti-libéral (en tout cas au sens du libéralismeimposé par cette Constitution) puisque, se réclamant de la spécificité nationale
française, il refuse l'impossibilité dune politique économique dirigiste ou même
seulement protectionniste, pourtant inévitable face aux excès de la mondialisation.
4/ Sur le refus français de la Constitution de lUE, il ny a donc pas de différence entre
Non de gauche et Non de droite (au moins européenne) alors qu
il y a une divergenceradicale sur le fond entre oui de droite et de gauche
(même si ce nest plus la mêmedroite ni sans doute la même gauche) puisque la droite approuve le libéralisme tel que
le normalise la Constitution alors que la gauche ne l'accepte et ne consent à le
constitutionnaliser que dans la perspective de le corriger, compléter, détourner ou
contourner, c'est-à-dire qu'avec beaucoup moins de cohérence que la droite, elle soutient
ardemment une Constitution...dont elle nous assure déjà qu'elle fera tout pour en
neutraliser l'orientation !
5/
La gauche devrait plutôt réaliser qu'en votant Oui, les Français prendraient lerisque énorme de laisser la voix du Non à une autre Nation, nécessairement moins
social ou plus libéral que la France. Et ce Non signifierait alors clairement une
exigence de plus de libéralisme et de moins dUnion sociale (ou de possibilité
dindépendance nationale dans le choix dune politique sociale au sens français). Un
Oui de la France ne serait donc pas seulement un Oui à cette Constitution, mais à Oui à
la possibilité de son rejet en vue d'une restriction encore plus drastique du minimum
résiduel de contrainte sociale qu'on peut y trouver, quoique encore toujours subordonné
au meilleur fonctionnement d'une économie exclusivement libérale.
6/
Pourquoi ce dernier argument n'est-il jamais invoqué, sinon parce qu'implicitement,chacun convient de l'improbabilité d'une Constitution encore plus libérale que celle-ci ?
(18) Il ne faut pas non plus se laisser prendre au faux argument de l'urgence d'un besoin de Constitution, qui ne serait de toute façon pas satisfait avant 2009. C'est toujours une pratique suspecte que de presser quelqu'un de signer un contrat...
7/
Les sociolibéraux du PS et des Verts ne cessent darguer de la Charte des droitsfondamentaux pour y voir une protection contre toute « dérive ultralibérale » (puisqu'ils
nont rien contre le libéralisme) alors quils prétendent réduire la partie III, loi-cadre
prédéterminant la politique économique et sociale de lUE, à une simple synthèse
récapitulative « pour mémoire » des traités antérieurs, sans véritable valeur
constitutionnelle (même sils nosent pas aller expressément jusquà cette contre-vérité,
ils sefforcent de la suggérer par des artifices rhétoriques). La vérité est inverse :
laCharte na pas de valeur juridiquement contraignante
puisque tout en sinscrivantdans la Constitution, elle y inscrit en même temps la restriction explicite quaucun de
ses articles ne saurait prévaloir, dans aucun des Etats membres, sur les pratiques
institutionnelles de cet Etat (cf. II-111-2, II-112-4 et 5 et le préambule)
(19). Aucontraire, la partie III, elle, se présente elle-même comme absolument contraignante et
elle est littéralement normative. Si elle est intégrée dans la Constitution, ce nest donc
pas comme un corps étranger (ce qui est le cas, en revanche, pour la Charte) mais bien
en effet pour lier l'adoption de la Constitution à un engagement au respect des principes
de lidéologie libérale quelle explicite sans équivoque et des conséquences pratiques
impliquées par ces principes et quelle détaille par le menu.
19- Art. II-111-2 : « La présente Charte n'étend pas le champ d'application du droit de l'Union au-delà des compétences de l'Union, ni ne crée aucune compétence ni aucune tâche nouvelles pour l'Union et ne modifie pas les compétences et tâches définies dans les autres parties de la Constitution. » On ne peut pas être plus clair que cet article 111-2 qui stérilise lensemble de la Charte en la vidant de son sens. Cest donc un miroir aux alouettes, un écran de fumée.
8/
Or justement parce que la partie III est plus constitutionnelle ou constitutionnaliséeque la partie II, dire Non à cette Constitution, cest en toute logique dire non à la partie
III bien plus encore quà la Charte. Il est donc scandaleux de prétendre que le Non serait
un Non qui sappliquerait uniquement aux autres parties sans obligation de
renégociation de celle-ci et que nous serions simplement reconduits au statu quo, cestà-
dire à ce qui aurait été refusé sans conteste, au moins en France, de lavis même des
partisans du Oui, puisque J-P Raffarin a osé le sophisme que ceux qui sopposeront à la
Constitution nobtiendraint que de garder de l'Union précisément ce quils en refusent.
Ce serait un déni de démocratie sans précédent, qui devrait suffire à discréditer tous
ceux qui en soutiennent la possibilité (20).
20 - Cest en effet la première fois que les Français ont la possibilité de sexprimer sur lorientation résolument libérale (sans garde-fous daucun ordre dans aucun domaine: la simple possibilité dun minimum de protectionnisme ou de taxations douanières comme aux Etats-Unis est expressément rejetée), de la construction européenne. Le seul précédent referendum, celui de Maastricht en 1992, portait uniquement sur le passage à la monnaie unique.
9/
Le chantage est le suivant : sous peine de retour au statu quo, on demande au peupledériger le fait
historique (l'évolution libérale de la construction européenne) en undroit
fondateur, en se liant définitivement à ce quil aura consacré, en lui interdisant àlavenir de dénoncer ce quil aura lui-même signé. Mais le Non nest pas un retour au
statu quo : même dans l'hypothèse où il ne serait suivi daucun effet positif, le peuple se
serait prononcé contre ce qui ne pourrait plus dès lors lui être quimposé, en dépit de sa
volonté déclarée : en réalité, dans l'option du Non, au lieu de se lier à un
contrat léonin,le peuple garde les mains libres et il sacquiert même un droit nouveau, celui de
sopposer à son propre gouvernement et de le renverser par linsurrection si celui-ci
persistait à lui imposer lapplication dune règle ou dun règlement contraire à son
suffrage. La renégociation de la Constitution en cas de victoire du Non (et par
conséquent aussi, et même prioritairement des traités antérieurs tels qu'ils sont repris
dans sa partie III), si c'est un Non de la France, est donc une obligation, et juridique, et
démocratique, et politique au sens le plus radical, qui est absolument incontournable.
10/
Ceux qui prétendent une renégociation de lorganisation actuelle de lUEinenvisageable choisissent dores et déjà de ne pas se conformer à la volonté nationale
et
la trahissent déjà en affaiblissant davance leur propre Nation au cas où le Nonlemporterait puisquils ne se voient que plaider coupables et contraints au profil bas
pour toute éventuelle renégociation ultérieure. C'est exactement ce que l'on appelle une
forfaiture, et ce, quelle que soit l'issue du scrutin.
11/
En ce sens, lenjeu du referendum est bien aussi essentiellement intérieur à laFrance et les politiques usant de ce genre dargument ont choisi de jouer leur carrière
sur ce scrutin, consciemment ou non. Ils devront en tenir compte. Le peuple sera en
droit de lexiger et de les y contraindre.
12/
La dénonciation dun prétendu débat « franco-français » présuppose que la Francedevrait penser à lEurope en faisant abstraction de la France : elle relève dune
conception de lEurope fondée sur le déni de la réalité nationale, en particulier
française.
On ne construit pas lUnion avec un ou plusieurs autres sur ladétestation de soi
(21).21- c'est-à-dire en se mettant soi-même entre parenthèses ou en réduisant le poids de sa Nation à celui d'un "pois chiche dans une couscoussière" (comme on a pu le lire dans un courrier des lecteurs du Nouvel Obs). Il semble pourtant qu'il y ait souvent beaucoup de détestation de soi dans la passion supra-nationaliste : c'est une disposition psychologique dangereuse et qui devrait rappeler à certains de très mauvais souvenirs.
13/
Mais le premier argument à prendre en compte par ceux qui veulent vraimentl'Europe, qu'elle soit Union de Nations ou supra-nationale, c'est que tout en limitant le
pouvoir des Nations, cette Constitution est d'abord anti-européenne : elle normalise un
libre-échange interne identique entre les Etats-membres à celui de lensemble des Etatsmembres
avec le reste du monde et qui tend à ouvrir les frontières de lEurope selon un
mode strictement analogue à celui selon lequel elle ouvre les frontières de ses Etatsmembres
à l« intérieur » de lEurope. La sujétion économique des Nations à la logique
libérale de l'Union n'a pour fonction que d'
assujettir l'Union elle-même à un libreéchangemondial
dans lequel ni son défaut de cohésion, économique aussi bien quepolitique, son refus normatif de toute stratégie planificatrice ou monétaire ne peut que la
conduire à
se dissoudre à vitesse accélérée pour le seul profit de détenteurs de capitauxd'origine et de destination indifférente
(22). Tout se passe comme si nous n'assistionsplus à une construction de l'Europe, mais à la
programmation méthodique de sadilution
.22 - c'est-à-dire que l'on s'interdit de pouvoir maîtriser si ces capitaux seront on non effectivement investis au profit de la puissance économique et politique de l'Europe.
14/
Car cette Constitution est aussi la négation même de lEurope comme entitépolitique distinctive et indépendante. Elle en fait une
Euramérique liée tout entière àceux de ses Etats qui sont liés à lOTAN
et constitutivement(23), or il était d'autantmoins nécessaire de graver ce lien temporaire dans le marbre d'une Constitution qu'elle
requiert lunanimité pour toute politique de défense et de sécurité de lUnion. Cela
revient donc à sappuyer sur limplication actuelle de certains Etats dans lOTAN pour
préciser la nécessité normative et définitive dune subordination de lEurope tout entière
à lOTAN, y compris dans lhypothèse où tel ou tel de ses Etats, voire leur totalité,
voudraient se dégager de lOTAN en vue dun engagement prioritairement européen !
Cette Constitution interdit cette possibilité en plaçant lEurope tout entière sous légide
de lOTAN. Cest la négation même de laffirmation du principe gaulliste : lEurope
sera européenne ou elle ne sera pas.
23- cf. l'article I 41-2 et 7
15/
Il a déjà été relevé que tous les éloges de lEurope qui prétendent fonder le Oui à laConstitution sur un Oui à lEurope vantent une Europe SANS constitution. Il faut aller
plus loin: linventaire des bienfaits de lEurope ne porte que sur les bienfaits de
labsence de Constitution, cest-à-dire dune
Europe évolutive et ouverte, à géométrievariable
et qui serait aujourd'hui plus nécessaire que jamais en vue de l'intégration "endouceur" des nouveaux entrants de l'Est. Mais cest justement cette mobilité de lEurope
que la Constitution a pour finalité, en tout cas pour objet explicite chez ses partisans, de
figer ou fixer : en particulier en limitant le principe dynamique de la construction
européenne jusquici, qui a été celui des coopérations renforcées, en en subordonnant
linitiative à la règle de lunanimité, et la réalisation à la participation d'un tiers au
moins des Etats membres (soit neuf).
16/
En définitive, cette Constitution n'a qu'une seule finalité, en laquelle réside en mêmetemps son originalité absolue: c'est d'
instituer, pour la première fois au monde, uncontre-Droit
(24). Elle le fait en élevant la concurrence au rang de principe normatif.Le Droit s'oppose à la loi du plus fort et à l'état de guerre perpétuelle où le plus fort ne
cesse d'avoir à prouver qu'il l'est. Le contre-Droit de la concurrence dit au contraire : «
Battez-vous, et que le plus fort gagne! ». Evidemment, pour gagner, le plus fort n'a
aucun besoin d'aucun droit. En revanche, il a besoin qu'on ne lui oppose pas le Droit. Il
lui faut donc un contre-Droit, un contre-feu au Droit, un droit qui s'oppose au Droit
comme le contre-feu s'oppose au feu, en lui coupant l'herbe sous le pied. Le contre-
Droit ne dit pas seulement que la guerre est un droit (rien d'original à cela, ni de
contraire au Droit) ; il ne définit pas simplement des règles pour la pratique de la guerre
(telles que celles de la Convention de Genève) ; il déclare l'exigibilité prioritaire de la
guerre de tous contre tous...pour le meilleur profit de chacun (« Battez-vous, tuez
vous...mais ne vous faîtes pas mal ! »).
24- Alors que le propre du Droit est d'être un rempart des faibles contre les forts, le contre-Droit instauré par la constitutionnalisation du libéralisme légaliserait la naturelle vulnérabilité des faibles aux forts. C'est bien sûr l'intérêt des forts (au moins économiquement) que de mettre enfin un terme au Droit, qui pose une limite à l'étendue de leur puissance.
17/
Il est temps de se demander alors pourquoi une pareille ardeur offensive du Oui leplus paradoxal, celui "de gauche". Pourquoi un tel forcing rose-vert ? On se contente
habituellement de répondre que les socio-écolo-libéraux "de gouvernement" ne peuvent
pas se déjuger, ayant été partie prenante dans l'orientation libérale de l'évolution de
l'Union telle que la consacre la Constitution. Mais cette réponse n'explique pas la
facilité surprenante avec laquelle ils dénoncent un jour le Traité de Nice qu'ils ont
soutenu la veille. Il y a lieu de craindre que la vérité soit moins reluisante:
lelibéralisme institutionnalisé leur permettra de se présenter comme un recours
et uncorrectif dautant plus indispensable (à léchelle de la politique dabord nationale)
contre la tendance lourde au libéralisme et à ses dérives ultra-libérales dont ils ne nient
même pas que la Constitution soit effectivement porteuse. Contrairement à ce qu'ils
prétendent, c'est bien 2007 qui est pour eux l'enjeu tout comme il en est dans le
positionnement ultra-libéral de Sarkozy.
18/
C'est pourtant bien Sarkozy dont la stratégie est à la fois la plus directe et la plushonnête (ou cynique) aussi eu égard à l'enjeu référendaire. Et c'est ce qu'illustre a
contrario l'énorme intox du Oui de gauche quand il ose présenter la Constitution comme
le meilleur moyen de lutter contre des mesures telles que
la directive Bolkestein: sicelle-ci était contraire à la Constitution, pourquoi aurait-on besoin dexiger que la
Commission sengage à sa « remise à plat » dès avant le vote français du 29 mai ?
Pourquoi ne pas sappuyer plutôt sur son caractère anti-constitutionnel
pour enfaire un argument de plus, et celui-ci incontestable, en faveur du Oui ? Pourquoi n'a-ton
pu obtenir que cette simple « remise à plat » (qui n'engage à rien de déterminé,
comme en a déjà prévenu l'actuel président de la Commission) ? Et comment se fait-il
que les défenseurs de cette directive (puisquil y en a !) se trouvent-ils tous dans le
camp du Oui ? Cest au moins une illustration irréfutable de la divergence en
profondeur des partisans du Oui (cf. argument 4).
19/
En réalité, les libéraux savent très bien que la directive Bolkestein découle de lapartie III (articles 144-150) et
les socio-libéraux simaginent quils pourront tirerparti de ses conséquences dévastatrices
pour simposer comme un garde-founécessaire à lultralibéralisme qui en résultera et qui, tout en les disculpant de tout recul
social, permettra de présenter comme une prouesse politique la moindre atténuation de
ses effets à léchelon national. Cest le parti de la politique du pire. C'est aussi la pire
des politiques.
thibaud.delahosseraye@wanadoo.fr
... Je viens tout juste de parcourir un doc reçu dans la matinée. C'est tellement énorme que je me demande si ce n'est pas encore un coup du Seigneur Sith pour égarer les jeunes Padawan ! Mais bon, même si c'est une odieuse manip', les arguments en faveur du Non qui y sont développés valent leur pesant de cacahouettes, et c'est rien de le dire comme y disent à St Etienne, et ça fait pas mourir de rire, et va respirer après ça...
Donc lisez-le SVP, je me répète mais ça fait froid dans le dos ! Ca s'appelle "Inédits pour le Non".
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