QUE LA FORCE SOIT AVEC... MAIS PUTAIN LAQUELLE ???

Votez Non ! - Mais non, votez Oui ! Ah oui, mais Non ! Mais oui !

 

Lundi 23 mai 2005

Du côté du Web...

 

Le TCE : quelques références d'adresses et de textes

 

 

Le traité établissant une constitution pour l'Europe : un texte imparfait... mais fondateur pour la construction de l'Europe politique
> http://www.lesverts05.org/html/elections/2005/tce_tractvert_240305.html

Les Verts pour un OUI européen solidaire - Intervention de Marie Blandin au Sénat
> http://www.lesverts05.org/html/elections/2005/tce_blandinsenat_060405.html

 

Quatre questions sur le TCE à Alain Lipietz (sur son site, où il y a d'autres textes intéressants)

http://lipietz.net/article.php3?id_article=1475

 

Une mise au point de G. Onesta, député Vert européen propos d'une accusation de RM Jennar

http://www.onesta.net/constitution6.html

 

Beaucoup d'analyses et évaluations du désormais fameux texte d'E. Chouard sous

http://publiusleuropeen.typepad.com/publius/2005/04/etienne_chouard.html, 

 

..où on trouve notamment : Reprenons donc les arguments de M. Chouard

1. Une Constitution doit être lisible pour permettre un vote populaire : ce texte-là est illisible.
2. Une Constitution doit être politiquement neutre : ce texte-là est partisan.
3. Une Constitution est révisable : ce texte-là est verrouillé par une exigence de double unanimité.
4. Une Constitution protège de la tyrannie par la séparation des pouvoirs et par le contrôle des pouvoirs : ce texte-là organise un Parlement sans pouvoir face à un exécutif tout puissant et largement irresponsable.
5. Une Constitution n’est pas octroyée par les puissants, elle est établie par le peuple lui-même, précisément pour se protéger de l’arbitraire des puissants, à travers une assemblée constituante, indépendante, élue pour ça et révoquée après : ce texte-là entérine des institutions européennes qui ont été écrites depuis cinquante ans par les hommes au pouvoir, à la fois juges et parties.

1. Une Constitution doit être lisible pour permettre un vote populaire : ce texte-là est illisible.

Notre professeur nous rappelle donc que ce texte est horriblement long, en en rajoutant sur la longueur (il transforme le format, ajoute des marges, et en fait un document deux fois plus long que ce qu'il n'est). Certes, le texte est long. Je passerai sur le fait que tous les français aient lu la constitution française ou puissent en comprendre tous les enjeux, mais soit, le texte européen est long.
C'est qu'il est le simple reflet de la complexité de l'ensemble que nous créons. Ni Etat classique, ni fédération, mais un ensemble constitué de ce que les Etats ont bien voulu se donner en commun. Le fruit d'un processus long de dévolution pacifique et raisonné de pouvoirs.

Oui, le texte est long. Mais il n'est pas illisible. Il est largement commenté. Il est accessible, et en tout cas très largement plus que la somme de tous les traités antérieurs, avec leurs multiples renvois, ajouts corrections, modifications et adaptations, qui étaient, là, pour le coup, franchement illisibles pour le citoyen. On passe de milliers de pages à quelques centaines. Voilà un pas de franchi.

Ensuite, le texte n'est pas vraiment une constitution au sens classique du terme. Nous en avons déjà beaucoup parlé sur ce blog, mais il s'agit d'un traité entre Etats, qui instituent effectivement l'Union Européenne comme un ensemble politique, et en décrivent valeurs, droits, fonctionnement. Et en profitent pour synthétiser les accords passés, en les améliorant sur de nombreux points. Croire qu'on peut faire plus court aujourd'hui, sauf à la marge, est donc totalement illusoire.

2.    Une Constitution doit être politiquement neutre : ce texte-là est partisan.

Non. La partie proprement constitutionnelle (partie I) est neutre. La charte des droits fondamentaux est jugée par certains commentateurs de droite comme plutôt de gauche, mais on peut la considérer comme assez globale, et proche de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

La partie III n'est pas à proprement parler la partie constitutionnelle du texte. Elle n'est en effet pas neutre, puisqu'elle a pour objet de dire comment et dans quelles conditions les Etats souhaitent que soient déléguées à l'Union leurs compétences, sur les aspects qui la concernent, comme le marché ou la politique extérieure. L'UE et ses Etats membres s'accordent sur des objectifs communs, et les détaillent. Comment imaginer que 25 Etats puissent déléguer sans fixer au préalable des règles et des objectifs ? Ceux-ci sont suffisamment généraux pour permettre d'y mener une politique de droite ou de gauche. Pas d'extrème-droite (nationaliste, protectionniste, ...) ni d'extrème-gauche (collectiviste, nationaliste ou internationaliste, ...), certes.

3. Une Constitution est révisable : ce texte-là est verrouillé par une exigence de double unanimité.

Ben oui, il y a double légitimité, mais il est quand même révisable.

Reprenons les bases : l'Union Européenne est un mélange, un partage de souveraineté entre Etats. M. Chouard souhaite-t-il que la modification du texte soit le fait des Etats ou bien du peuple ? Si ce ne sont que les Etats, il s'agit d'un vulgaire traité, et il crierait à l'absence de démocratie. Si ce ne sont que les peuples, alors nous sommes en présence d'un Etat Européen unifié politiquement. Est-ce le cas ? Non. Aucun des peuples européens n'est prêt à laisser l'Europe décider de tout pour lui. Il va donc falloir accepter que le texte soit révisable avec ces deux légitimités. Et accepter que les Etats ne soient aujourd'hui pas prêts à accepter une autre clause de révision (même en cas de victoire du non, aucun Etat ne voudra y renoncer).

Un non ne changera rien à toute autre projet de constitution sur ce point. La règle était la même auparavant, mais sans les peuples. Celà n'a pas empêché la construction européenne d'avancer. Soyons heureux que celà se fasse avec les peuples à présent !

4. Une Constitution protège de la tyrannie par la séparation des pouvoirs et par le contrôle des pouvoirs : ce texte-là organise un Parlement sans pouvoir face à un exécutif tout puissant et largement irresponsable.

Là, M. Chouard va très loin, notamment dans ses articles, et ferait bien de relire Montesquieu, qu'il cite pourtant (sans se rendre compte que ses principes ne sont même pas appliqués en France). Il croit toujours que l'UE est un Etat centralisé comme en France. Mais ce n'est toujours pas le cas. Et en outre il se trompe sur de nombreux points.

Mais l'UE ne peut pas être conçue comme un Etat classique. C'est donc non par la séparation opérationnelle des pouvoirs qu'a été résolu le principe de Montesquieu, mais bien par des systèmes de contrôle tripartites.

Le Conseil n'est pas vraiment l'éxécutif de l'Union, M. Chouard se trompe. C'est la commission qui a le gros du pouvoir éxécutif. Notons que celle-ci est élue par le parlement, après des procédures dont nous pourrions être jaloux en France (audition de chacun des membres du gouvernement par le parlement, vous imaginez ?). Le Conseil, lui, a principalement un pouvoir législatif - et ce n'est pas honteux - et partage également un peu de l'éxécutif, car les Etats ne veulent pas s'y refuser complètement (les Français sont-ils prêts à accepter que le Conseil n'ait plus de mot à dire sur la politique de l'Union ?). Le Conseil, ce serait un peu comme un Bundesrat allemand ou un sénat français qui aurait plus de pouvoir effectif, ce qui est logique dans une fédération. Alors, oui, il y a encore des progrès à faire pour faire progresser le poids du parlement, mais notons surtout que celui-ci a déjà considérablement progressé, que le parlement n'est plus un organe consultatif, mais dispose d'une capacité d'influence enfin réelle sur les textes. Dans une fédération, seule ne compte pas l'assemblée, nous ne sommes pas dans une France jacobine, mais dans une fédération d'Etats.

Je passe sur les désirs de M. Chouard, qui n'existent jamais de fait. Par exemple que les parlementaires puissent révoquer un commissaire seul, et pas la commission en bloc. Vous croyez que l'assemblée peut révoquer un ministre en France ? Ou bien qu'il y a une affaiblissement du contrôle parlementaire (là où il y a un clair renforcement).

Bref, le législatif existe, et il est séparé de l'éxécutif, et tous deux s'auto-contrôle, dans la limite de ce qui est possible dans une fédération d'Etats.

5. Une Constitution démocratique est forcément établie par une assemblée indépendante des pouvoirs en place.

Encore une fois, l'argument suprème et populeux de la parole au peuple direct, seul moyen unique de créer une constitution, par opposition aux "puissants", ces horribles gouvernements (pourtant élus). L'opposition entre faibles et puissants devrait attirer l'attention du lecteur, là où il s'agit des citoyens et de leurs élus, et non de serfs et leurs monarques.

Evidemment, dans une nation qui se constitue lors d'un moment historique, il a souvent été fait appel à une assemblée spéciale. Ce n'est pas le cas partout. Par exemple en France, où notre propre constitution actuelle a été rédigée par le bon monsieur Debré, ou bien dans une foule d'Etats. En outre, comment peut-on imaginer que ce soit le cas en Europe ? Quelles seraient les règles de désignation d'une telle assemblée ? On passerait des années à créer un tel organe, pour savoir quelle serait la répartition des sièges. Les peuples veulent-ils, par ailleurs, que des représentants directs créent un texte où n'interviendraient pas leurs Etats ? Nul ne le sait, mais faire appel au souvenir révlutionnaire français est trop tentant pour M. Chouard.

Rappelons pour la forme que la convention qui a élaboré le texte a associé des représentants de chacun des peuples de l'Union, des représentants directs du peuple européen, des représentants des Etats, et a consulté très largement, dans la plus grande transparence, la société européenne. C'est du jamais vu dans l'histoire internationale. Mais, non, on préfère attiser les peurs en parlant des puissants.

Bref. La critique du texte est simple. La construction européenne ne l'est pas. Il est difficile d'y voir clair, de comprendre ce qui est à l'oeuvre. Mais il est trop facile, sous le prétexte de cette complexité, de céder à la tentation du refus en bloc.

Par Les Verts - Publié dans : cyberemy
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Lundi 23 mai 2005

 

Emmanuel Todd : "Il faut une préférence communautaire"
LE MONDE | 26.04.05 | 14h07  .  Mis à jour le 26.04.05 | 14h23

Emmanuel Todd est démographe et anthropologue

En 1992, vous étiez opposé au traité de Maastricht. Vous semblez moins
hostile à la Constitution européenne. Pourquoi avez-vous évolué ainsi ?

Ces deux référendums ne sont pas du tout de même nature. Le traité de
Maastricht présentait un réel enjeu. Le oui avait pour conséquence la
création d'une monnaie unique et, pour l'atteindre, la poursuite d'une
politique monétaire très dure et très dommageable pour l'industrie, qui
faisait souffrir le monde ouvrier d'une manière jamais vue jusque-là. Sans
l'euro, le franc devenait immédiatement une monnaie faible et les conditions
de vie pouvaient s'améliorer très vite, et c'était là la raison principale
de mon choix.

Pourtant, avec le recul, même si je reste fier d'avoir voté contre
Maastricht, j'ai dû me rendre à l'évidence qu'il valait mieux, finalement,
avoir fait l'euro. Nous sommes dans une crise mondiale majeure et l'on voit
bien qu'au moment de la guerre en Irak la France qui s'y opposait a
démultiplié sa puissance et sa capacité d'influence parce qu'elle était
encastrée dans l'euro. Le référendum sur la Constitution est infiniment
moins crucial. Le traité lui-même est un texte relativement mineur de
réorganisation du système de pouvoir.
La seule chose réellement importante,
ce sont les procédures de vote au sein de l'Union.

Vous étiez pourtant un sévère contempteur de la globalisation et du
libéralisme que combattent les partisans du non...

Oui, et c'est justement pour cela que je n'ai pas à démontrer ma bonne foi
sur ce terrain. Or il me semble que cette focalisation sur le
libre-échangisme, qui a toujours fait partie de la construction européenne,
manque de sincérité. A vrai dire, je suis aujourd'hui en opposition
stratégique avec le non de gauche.
Dans l'univers qui s'annonce, on ne peut
confondre l'ultralibéralisme avec l'économie de marché.
L'ultralibéralisme
est en train de mourir avec l'économie qui le porte, cette économie
américaine qui est maintenant attachée à un Etat devenu fou.

L'Europe est en train de lui faire la peau, grâce à l'euro. Bientôt, dans un
monde qui étouffe de ce libre-échangisme asymétrique, le centre de gravité
réel de l'économie repassera l'Atlantique et c'est dans le cadre d'une
Europe organisée que l'on pourra définir de nouvelles règles. L'important,
aujourd'hui, c'est de comprendre que la politique budgétaire n'est efficace
que dans le contexte d'une économie relativement protégée à ses frontières.

Faut-il que l'Europe adopte un plus net protectionnisme ?

Oui, seul le protectionnisme permettra d'éviter la pression extérieure sur
les salaires ouvriers. Mais ce protectionnisme n'a de sens qu'à l'échelle
européenne. La seule façon de faire échapper les sociétés de l'Ouest à leur
sentiment d'étouffement est dans le retour à la préférence communautaire sur
le plan économique. Or on ne peut aller dans ce sens sans un minimum
d'accord politique.

Jugez-vous que ceux qui militent aujourd'hui pour le non sont antieuropéens
?

Ils sont assez étroitement et traditionnellement français. Et les postures
du genre "Nous voulons l'Europe mais pas celle-là" sont fragiles, car elles
ne proposent pas d'autre projet européen...

Pourquoi, cependant, une telle poussée du non ?

Je comprends que les gens soient préoccupés par les délocalisations. Mais la
construction d'une entité méta-nationale aboutit à la création d'un marché
intérieur uniforme dans lequel il faut abolir les barrières douanières,
comme la Révolution française l'a fait dans ses provinces. Et
personnellement je trouve parfaitement normal de consentir des aides aux
pays d'Europe centrale qui viennent d'entrer en Europe : ils ont tout de
même subi un demi-siècle de totalitarisme !

Au-delà, pourtant, cette campagne révèle une crise proprement française. On
voit bien cette atomisation des oppositions, cet éclatement du vote comme
lors du 21 avril 2002. Mais la souffrance des gens ne rencontre aucune
réponse des appareils politiques, ni à droite, ni à gauche, ni chez les
rentiers de la contestation que sont Olivier Besancenot et Arlette
Laguiller, ni au FN.

Dans quel état d'esprit voterez-vous le 29 mai ?

J'ai vingt fois hésité à voter non, et m'abstenir n'est pas dans mon
tempérament. Je voterai oui, cependant. Par raison plus que par coeur et
parce que j'ai conscience du contexte géopolitique dans lequel nous sommes
et de la nécessité d'une bonne entente européenne dans une période où les
Etats-Unis sont à la dérive. La France n'a que 60 millions d'habitants et
perdra de sa puissance dans cet ensemble de 450 millions d'Européens. Mais
60 millions d'habitants, ce n'est pas suffisant face aux Etats-Unis, à
l'Inde et à la Chine. Et je considère qu'il y a un moyen d'être fidèle à sa
nation en acceptant de ne plus croire qu'elle est le centre du monde.

Propos recueillis par Raphaëlle Bacqué
Article paru dans l'édition du 27.04.05

 

Par Emmanuel Todd - Publié dans : cyberemy
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Lundi 23 mai 2005

Encore incomplet, le traité permettra de sortir de celui de Nice.
Le non au futur induit le oui au présent infini

Par Guy CARCASSONNE
jeudi 21 avril 2005

Guy Carcassonne professeur de droit public à l'université de Paris-X Nanterre.

ême la plus démocratique des procédures comporte toujours une part de faiblesse, et le référendum n'échappe pas à cette fatalité. Celui du 29 mai nous invitera à dire oui ou non au traité instituant une Constitution européenne. Tout paraît simple : elle plaît, on l'approuve, elle déplaît, ou ne plaît pas assez, on la rejette.

Le problème, pourtant, est que l'alternative réelle n'est pas celle-là. Le véritable choix n'est pas oui ou non à cette Constitution, mais oui à cette Constitution ou oui aux traités actuels, car le refus de la première installera pour longtemps les seconds (1).

D'ordinaire, les Français ont une perception claire de ce qu'il s'agit de changer. Ils connaissaient bien la IVe République lorsqu'il leur fut demandé s'ils voulaient la Ve. Ils connaissaient bien la situation de l'Algérie française lorsqu'ils furent invités à s'exprimer sur l'Algérie algérienne. Ils connaissaient le franc mieux que personne lorsqu'il leur fut proposé de programmer sa disparition au profit de l'euro. Ils avaient depuis longtemps expérimenté le septennat lorsqu'on leur demanda d'opiner sur le quinquennat, et l'on pourrait ainsi reprendre, à la même lumière, pratiquement tous les référendums passés.

Aujourd'hui, d'un côté, aucune innovation de la Constitution européenne ne peut jouer le même rôle catalyseur et symbolique qu'avait eu la monnaie unique dans le débat sur Maastricht. D'un autre côté, les Français ne sont sans doute pas très au fait de ce que signifierait l'application durable du traité de Nice.

Cette double carence opacifie les enjeux. Dès que l'on s'en avise, plusieurs conséquences en résultent.

Premièrement, la presse accomplit des efforts importants pour informer les Français sur le contenu de la Constitution européenne. Il faut lui en savoir gré. Mais il faut également souhaiter qu'elle décrive l'autre terme de l'alternative, ce que sera Nice si nous n'avons pas Rome, afin que s'établisse la comparaison pertinente.

Deuxièmement, chacun peut choisir de se résigner à l'existant, les plus optimistes faisant alors le pari que l'application du traité de Nice sera à ce point insupportable qu'elle forcera à en sortir un jour ou l'autre et que, ce jour-là, le nouveau projet constitutionnel qui naîtra sera meilleur que l'actuel. Mais ce pari ne semble pas très rationnel. Pour modifier Nice, comme pour modifier la Constitution si elle est adoptée, il faudra en passer dans les deux cas par l'unanimité. De deux choses l'une : soit l'unanimité est possible et elle pourra tout aussi bien se consacrer à améliorer la Constitution qu'elle pourrait se former pour réviser les traités actuels ; soit l'unanimité n'est pas possible avant longtemps, et l'Europe resterait durablement scotchée au byzantinisme niçois si elle n'avait pas eu la clairvoyance d'engranger les avancées, substantielles même pour qui les juge insuffisantes, qu'apporte déjà la Constitution.

Troisièmement, enfin, ceux, nombreux, qui rêvent d'une Constitution meilleure pourront continuer de militer pour elle mais le feront sur une base plus solide qu'aujourd'hui. Le refus, surtout français, du compromis actuel ne renforcerait la position que des adversaires de l'Europe ou des partisans de sa conception minimale.

Voter est une liberté, mais c'est aussi une fonction, exigeante. Plus qu'une partie de plaisir, c'est un moment de responsabilité, au vu de l'offre disponible qui ne peut satisfaire tous les goûts. Cette offre, ici, n'est pas entre cette Constitution et une autre qui aurait pu ou pourra être meilleure. Elle est entre ce traité ou tous les autres auxquels elle se substitue. Même ceux qui, spontanément, ne sont pas assez séduits pour voter oui à ce texte le feront néanmoins s'ils veulent voter non à celui de Nice. Et ceux qui voteront non malgré tout, n'auront pas une Constitution meilleure : ils auront seulement dit oui au statu quo.

 

(1) Contrairement à ce qu'avait naguère affirmé Laurent Fabius, le traité de Nice ne disparaîtra pas en 2009. A cette date, il serait renégocié, certes, mais son article XI stipule expressément qu'il «est conclu pour une durée illimitée», de sorte que si ces négociations échouaient ­ et, exigeant l'unanimité, elles ne pourraient réussir qu'aux conditions fixées par les plus réticents ­ c'est le traité de Nice qui régirait l'Europe «pour une durée illimitée».

 http://www.liberation.fr/page.php?Article=291126

 

Par Guy Carcassonne - Publié dans : cyberemy
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Vendredi 20 mai 2005

Témoignage d'un revenu du Oui

suivi d'un inventaire d'arguments inédits en faveur du Non

A 15 jours de l'échéance électorale du 29 mai, je crois de mon devoir de citoyen

d’apporter au débat public quelques éléments tirés de mon expérience personnelle. Je

n’ai pas eu le courage d'en prendre le temps auparavant, je le fais maintenant sans

plaisir.

De prime abord naturellement favorable au projet de Constitution européenne – un

« oui du cœur » –, j’ai passé tout le temps de la campagne à l’intérieur de l’un des

principaux états-majors du Oui jusqu’à ce que, progressivement confronté au texte luimême

par la nécessité de répondre aux arguments du Non, j’en vienne à m’opposer à

moi-même dans la conscience du danger que ce projet de Constitution faisait courir à la

démocratie républicaine.

Instruit par les incohérences argumentatives du Oui, se sont bien plutôt imposés à

moi nombre d'arguments favorables au Non, jamais entendus, qui m'ont retourné et

engagé à soutenir résolument un "Non de raison". S’ils m’ont convaincus, peut-être

pourront-ils servir à d’autres.

---------

Je m’appelle Thibaud de La Hosseraye, j’ai 28 ans et une formation à la fois

commerciale (HEC, spécialisation « Europe ») et philosophique (D.E.A). Sur les

mérites supposés de ces diplômes (et, peut-être, d’un prix de l’Académie des Sciences

morales et Politiques) (1), j’ai été recruté en décembre 2004 par le club Dialogue &

Initiative pour participer bénévolement à leurs travaux. Laboratoire d’idées du courant

de pensée de Jean-Pierre Raffarin, donc véritable « brain trust » du Premier Ministre,

Dialogue & Initiative est structuré en Commissions chargées d’approfondir différentes

thématiques en vue d’alimenter la réflexion des parlementaires se reconnaissant dans

cette sensibilité politique (2).

1- Le lecteur voudra bien excuser cette mention biographique, peut-être pas inutile cependant à un moment de la campagne électorale où les discrédits ad hominem et les arguments de pure autorité semblent avoir pris le pas sur la stricte considération des contenus, auxquels j’en viens immédiatement.

2- Dans le cadre de la campagne électorale, Dialogue & Initiative orchestre le soutien au projet de Constitution des ministres (Dominique Perben, Dominique Bussereau…) et parlementaires (François Baroin, Valérie Pécresse…) liés à ce club, par l’organisation de dînerdébats, la création d’un site Internet (www.lesamisduoui.com), la production d’argumentaires, de petits films humoristiques et de "cartes à gratter".

J’ai pour ma part intégré la Commission Europe. Mais ce que je n’avais pas prévu,

c’est que, d’une réflexion de fond devant initialement porter sur le contenu de l’identité

européenne, nous allions bientôt nous trouver engagés de plain-pied dans la campagne

référendaire. Dès janvier 2005, il n’a plus été question de réfléchir posément à la

définition de « la meilleure Europe possible », nous étions activement mobilisés pour

produire des argumentaires en faveur du Oui.

Ayant toujours été très favorable à la construction européenne et n’éprouvant

aucune réticence à l’idée de la doter d’une Constitution, je me suis volontiers adapté, et

j’ai commencé à étudier de près ce projet de Constitution pour produire des

argumentaires de soutien. Cela était somme toute cohérent : c’est parce que ma

spécialité supposée était l’argumentation que l’on me missionnait à présent en priorité

sur la rédaction d’argumentaires.

---------

Alors que je m’acquittais du moins mal que je pouvais du travail que l’on m’avait

confié, j’ai été, au milieu de la campagne, lors d’une de nos réunions hebdomadaires du

lundi (3), troublé d’entendre le participant le plus autorisé énoncer sur le ton de

l’évidence que « comme on ne peut pas contrer les arguments du Non, il faut le

discréditer, le ringardiser »(4) …. sans que cela ne soulève la moindre vague de

protestation chez les participants. Outre son caractère déontologiquement contestable,

cette stratégie me paraissait se fonder sur la résignation à une déconvenue théorique :

or, pour ma part, c’était parce que j’étais convaincu de la plus grande pertinence des

arguments du Oui que j’acceptais de militer en sa faveur.

3- Composées de membres de cabinets ministériels, de membres du Service d’Information du Gouvernement (SIG), d’un membre du Cabinet du Premier Ministre, de membres de l’état-major de Dialogue & Initiative, ainsi que des membres de la Commission Europe.

4- C’est à ce moment précis de la campagne électorale que, face à la montée du Non dans les sondages, a été décidé de se battre non plus sur le terrain des idées mais en discréditant le camp du Non (on nous a juste informés de ce changement de stratégie, décidé ailleurs). Pour cela, il s’agissait de « faire donner la charge » par des personnalités de la société civile (intellectuels, sportifs, stars en tous genres) influentes sur l’opinion publique, tout en s’autorisant à employer des méthodes contestables dans leur principe et douteuses dans leur expression, comme les attaques personnelles ou ces cartes à gratter dont Le Monde du 08 mai s’est fait l’écho. On me dira sans doute que c’est là le lot de toute campagne électorale : sans doute, mais cela n’autorise pas à s’en satisfaire et à ne pas chercher à s’en distinguer.

Mais, du jour où je constatais que ceux-là même qui proclamaient haut et fort leur

attachement au projet de Constitution n’hésitaient pas, dans le même temps, à

reconnaître la supériorité théorique des arguments du Non… sans en tirer pour euxmêmes

de conséquences, j’étais en droit de m’interroger sur leurs motivations réelles à

soutenir leur camp. Si ce n’était pas par conviction, pour quelle raison, alors ?

Nul ne peut le dire à leur place. Mais, pour ce qui est des responsables politiques

eux-mêmes, dont les participants aux réunions de Dialogue & Initiative ne sont que les

fidèles collaborateurs (plus ou moins directs), il suffit ici de constater combien leur

engagement si fébrile en faveur d’un Oui qui ne les convainc pas paraît à tout le moins

accréditer l’hypothèse que leur spontanéité à choisir leur camp se trouve limitée par

l’intérêt direct qu’ils ont à ce que cette Constitution soit ratifiée : en cas de victoire du

Non, ils seraient les premiers à en faire les frais dans la mesure où ils seraient

définitivement discrédités pour renégocier quelque nouvelle Constitution que ce soit.

Et en effet, si cette Constitution dont gouvernements de droite comme de gauche se

sont rendus responsables(5) ne passe pas, le problème n’est pas qu’elle ne pourra pas

être renégociée (6), mais seulement que c’est par eux qu’elle ne pourra pas l’être (cf.

l’argument 11). Dès lors il devient impératif, pour tout professionnel de la politique

disons un minimum soucieux de son avenir, d’user de tous les moyens disponibles pour

faire passer cette Constitution, qu’il soit ou non convaincu de ses bienfaits.

Ce à quoi nous assistons.

5- via la signature, depuis quelques dizaines d’années, des traités antérieurs qui se trouvent intégrés à la partie III. Le concert unanime des soutiens au projet de Constitution, de François Hollande à DSK, de Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy, étonnamment soudés, manifeste combien droite et gauche libérale confondues se reconnaissent également responsables d’un texte qu’ils appellent de leurs vœux depuis plus d’une dizaine d’années. Ils le revendiquent d’ailleurs explicitement.

6- Cela est même très expressément prévu par la Déclaration A 30 de l’acte final du texte « concernant la ratification du Traité établissant une Constitution pour l’Europe » (p. 186 dans l’exemplaire du Traité constitutionnel envoyé à tous les Français).

Pour ma part, la prise en compte de ce caractère irrationnel(7) du soutien au projet

de Constitution m’a enjoint à un surcroît d’exigence intellectuelle : puisque les

arguments d’autorité qui m’avaient jusqu’alors impressionné en faveur de la

Constitution ne me paraissaient plus recevables, parasités qu’ils étaient par des calculs

personnels, je ne pouvais désormais prendre appui, pour soutenir mon Oui, que sur des

arguments dûment fondés en raison.

7- puisque les arguments de raison n’étaient plus écoutés

Autrement dit, cette remarque si révélatrice faite tout haut en réunion, jointe à mon

côtoiement régulier des membres de cabinets ministériels (lors de nos réunions

hebdomadaires), m’a donné une succincte mais suffisante connaissance du contexte qui

m’a reconduit à une lecture plus attentive, davantage littérale du texte lui-même.

Pour mon travail sur les argumentaires, on ne me demandait d’ailleurs pas autre

chose, et puis, n’avais-je pas été recruté aussi pour l’indépendance d’esprit censée

permettre un authentique travail intellectuel ?

---------

Or justement, en revenant au texte, rien qu’au texte, je n’ai pu qu’être intrigué par

son caractère disparate, mêlant curieusement dispositions institutionnelles et

prescriptions de politique économique qui n’ont a priori rien à faire dans une

Constitution. Pourquoi diable avoir brouillé le message proprement constitutionnel avec

des prescriptions économiques relevant d’un autre ordre juridique, celui d’une loi-cadre

? Et quelle conclusion en tirer, sinon que cette Constitution poursuit manifestement

d’autres objectifs que strictement constitutionnels ?

C’est par un tel raisonnement, aussi scrupuleusement impartial et documenté que

possible, que j’ai peu à peu réalisé une chose qui a choqué le démocrate en moi, la

fonction inavouée du projet de Constitution : servir de machine d’accréditation

exclusive et définitive d’une idéologie politique déterminée, celle du libéralisme.

Tout se passe comme si les rédacteurs de cette Constitution, de droite comme de

gauche, avaient cherché à profiter d’une nécessaire réforme des institutions européennes

–que nul ne conteste dans une Europe élargie à 25 membres– pour constitutionnaliser en

douce la politique économique à laquelle ils étaient unanimement favorables.

Inutile de préciser que je ne suis pas pour autant passé du libéralisme social (à

vocation humaniste) qui caractérise le courant Raffarin au socialisme, même libéral,

d’un Cohn-Bendit ou d’un DSK. Pour moi, le libéralisme est tout à fait défendable, au

moins à moyen terme, comme orientation d’une politique économique salutaire dans

une conjoncture économique donnée, mais pour autant seulement qu’on ne prétende pas

l’absolutiser en principe directeur exclusif de toute autre possibilité d’orientation

économique (8). Il me semble que toute la puissance de rassemblement du gaullisme

résidait précisément dans cette capacité d’ouverture théorique, éminemment

démocratique et pragmatique, permettant de conjuguer, selon les circonstances et les

domaines, jusqu’aux extrêmes du capitalisme et de la planification.

8- Ce libéralisme liberticide, qui restreint dogmatiquement la liberté de choix économiques, se condamne lui-même en se contredisant ainsi. Dès 1952 d’ailleurs, de Gaulle stigmatisait les absurdes prétentions à s’absolutiser d’un « libéralisme qui ne libère personne ».

---------

Ce qu’il y a d’inacceptable, dans le projet de Constitution, c’est que le libéralisme

n’y est pas présent seulement comme une politique parmi d’autres possibles, mais

comme l’unique principe normatif d’un processus qui s’affirme irréversible et qui se

subordonne explicitement l’ensemble des objectifs déclarés, y compris d’ordre social

(9).

9 - Que toute autre considération soit subordonnée à ce principe libéral, c'est en effet incontestable : pour la première fois dans un Traité européen, le principe d’une « concurrence libre et non faussée » se voit élevé au rang d’objectif de l’Union. Ce n’était jusqu’ici qu’un simple moyen (cf. le traité CE consolidé, article I-3-g). L’article I-3-2 définit la réalisation d’un « marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée » comme le deuxième objectif de l’Union par ordre d’importance, auquel tous les autres se trouvent par conséquent subordonnés.

Et, ce qui est plus inacceptable encore, c’est que toutes les précautions soient prises

pour le dissimuler à une lecture honnête (10).

10 - Cela éclate dans plusieurs aspects : dans son caractère illisible pour le commun (ce qui présente pour avantage de contraindre le citoyen à devoir s’en remettre, pour se déterminer, aux arguments d’autorité des "experts" et des "personnalités" plutôt qu’à saraison), dans le fait qu’à propos d’un même article on puisse juridiquement soutenir  une chose et son contraire, dans le fait qu’elle proclame une « Charte des droits fondamentaux » pour aussitôt la vider de son contenu (cf. argument 4), qu’elle allie curieusement dispositions institutionnelles et politiques économiques, etc.

C’est donc la prise de conscience que cette Constitution avait pour fonction d’être

un écran de fumée constitutionnalisant une idéologie déterminée, qui m’est apparu

comme un grave danger pour la démocratie, et qui a converti mon « oui du cœur » en un

« non de raison ». Bien que les références et contraintes libérales courent dans toutes ses

parties (I, II, III et IV), ce que l’on cherche en priorité à constitutionnaliser, dans cette

Constitution c’est la partie III, qui est une reprise des traités antérieurs et qui élève de ce

fait leur contenu au rang de Constitution.

Je m’explique :

L’objectif officiel de cette Constitution est d’apporter à l’Union européenne les

modifications institutionnelles lui permettant de fonctionner à 25 membres.

Mais très vite, on s’aperçoit que cet objectif est dépassé, et sert en fait de prétexte pour

faire passer autre chose de bien plus important (11). En effet, la Constitution consacre

60 articles aux questions proprement institutionnelles et tout le reste – si on exclut la

longue et inefficiente « Charte des droits fondamentaux » (54 articles) – à la définition

des politiques de l’Union, soit 325 articles sur un total de 448 ! C’est dire si cette

Constitution décrit moins des institutions que des politiques, moins un contenant que

des contenus.

11- La partie constitutionnelle proprement dite (c’est-à-dire celle qui concerne la répartition des pouvoirs au sein de l’Union) ne concerne que les parties I et IV du texte. La partie III, qui reprend les politiques économiques définies dans les traités antérieurs, est subrepticement glissée pour recevoir du même coup l’approbation des citoyens : on nous assure benoîtement que puisqu’elle ne fait que reprendre les traités antérieurs, elle n’ajoute rien de nouveau…oui, à ceci près que c’est la première fois que l’on nous demande notre avis sur cette partie là des traités européens, et que, surtout, l’on nous demande d’élever au rang de Constitution ce qui n’était jusqu’alors que de simples traités internationaux. Ces politiques économiques contenues dans la partie III n’ont rien à faire dans une Constitution, sauf si justement l’on poursuit d’autres objectifs que ceux que l’on proclame.

L’objectif officieux, bien réel, est de consacrer enfin en un seul texte référent plus de 10

ans de dérive européenne vers un modèle de politique économique tendancieux,

exclusivement libéral, et en cela éminemment idéologique par sa prétention à exclure

toute possibilité d’alternative réelle.

On nous demande donc en réalité bien plus que notre avis sur de simples évolutions

institutionnelles : on nous demande si oui ou non nous voulons constitutionnaliser ce

texte là qui, à des dispositions proprement institutionnelles, ajoute des prescriptions

économiques d’exclusivisme libéral.

Il ne me paraît par conséquent pas trop fort de parler de manipulation

démocratique, dans la mesure où l’on use sciemment d’un subterfuge(12) (la promotion

d’évolutions institutionnelles, habillées d’une rassurante rhétorique sociale et

humaniste) pour faire enfin ratifier, sans avoir l’air d’y toucher, ce que l’on sait

pertinemment être une doctrine économique des plus suspectes aux yeux de l’opinion

publique française (en raison même de l’attachement toujours manifesté de celle-ci à

l’idéal social et républicain hérité de la Révolution de 1789 et précisé dans le

programme de la Résistance mis en œuvre par le Général de Gaulle dès 1945).

C’est même précisément en raison de son caractère notoirement incompatible avec

la spécificité du projet social français que les dirigeants européens de droite comme de

gauche, prévoyant les réticences du peuples français à sanctuariser la doctrine

économique du libéralisme si on le lui demandait clairement, ont trouvé ingénieux de

confier à Valéry Giscard d’Estaing, fin connaisseur des réalités françaises et fin

tacticien, le soin de diriger la rédaction d’une Constitution glissant habilement ce qui

pouvait être contesté au milieu d’aménagements institutionnels incontestés (13). On ne

cherche rien de moins qu’à forcer la main aux peuples, et d’abord à celui d’entre eux

dont la priorité sociale est sans doute la plus exigeante.

En définitive, tout indique que cette Constitution a été rédigée dans le but très

précis d’impliquer la volonté populaire –et plus particulièrement française- dans la

constitutionnalisation d’une certaine doctrine économique, à l’exclusion de toute autre,

alors même que le propre d’une Constitution démocratique, ou même simplement

authentiquement libérale, est de permettre au peuple souverain de pouvoir choisir entre

différentes théories économiques.

12- Conscients des réticences de certains peuples, et du peuple français entre tous, face aux évolutions libérales de la société, on a recours à un subterfuge pour faire passer (et inscrire dans la durée, au nom de la générosité de l’idée d’une union européenne) une pilule un peu difficile à avaler.

13- Le décalage croissant entre l’exigence d’un projet social ambitieux traditionnellement porté par la France et l’idéologie libérale bruxelloise que l’on  nous demande aujourd’hui de ratifier est chaque jour plus manifeste : c’est en France que la directive Bolkestein a provoqué le plus grand tollé (auquel les politiques ne se sont joints que sur le tard pour ne pas être dépassés). On peut être sûr que cette directive, actuellement « mise en sommeil » à Bruxelles, ressurgira sitôt le référendum français passé (cf.argument18).

Si, après l’adoption de cette Constitution, il n’a plus le choix qu’entre le libéralisme

et le libéralisme –que l’on y soit ou non favorable, là n’est pas la question–, où est

encore la liberté ?

Dès lors, la responsabilité du peuple français dans le scrutin du 29 mai est la

suivante : cautionner ou non, par son suffrage, des évolutions libérales qui excluent

toute possibilité de retour en arrière(14), et donc toute possibilité de faire à l’avenir

d’autres choix en matière économique. Souhaitons-nous, oui ou non, nous attacher

définitivement le cou à une doctrine économique, quelles que puissent être ses dérives

ultérieures ou ses contre-performances ?

14- En pratique, toute possibilité de retour en arrière est écartée puisqu’il s’agit d’une Constitution qui ne peut être modifiée que par une double unanimité : d’une part celle de tous les chefs d’Etat, d’autre part celle de tous les peuples. Outre donc l’extrême difficulté technique qu’il y aura à modifier la Constitution européenne (mais cela est relativement compréhensible si l’on souhaite lui assurer la stabilité d’une Constitution), il va sans dire que, le peuple français étant le plus socialement exigeant des peuples européens, il ne sera très vraisemblablement pas suivi par l’unanimité des peuples européens quand il exprimera des velléités de progrès social rognant l’orthodoxie libérale.

C’est l’ampleur de ce danger que je vais à présent m’efforcer de montrer, à travers

l’exposé de 15 arguments, à ma connaissance inédits, en faveur du Non. Par mon rôle

même chez Dialogue & Initiative, j’ai une certaine familiarité avec les arguments du

Non, mais les points suivants n’ont, me semble-t-il, jamais encore été relevés, en dépit

de leur importance, à mes yeux décisive. A quoi tient le fait qu’ils soient encore inédits

? Je ne me l’explique pas. Peut-être fallait-il d’abord toute la distance d’une position

longtemps favorable au Oui pour permettre leur ébauche, puis les nombreux débats qui

m'en ont précisé les contours.

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PLAN DE L'ARGUMENTAIRE

Les 19 arguments de cet inventaire peuvent se regrouper selon 6 thèmes successifs,

chacun comprenant 4 arguments, dont le dernier est en même temps le premier du

groupe suivant : c'est une présentation qui voudrait mettre en lumière la cohésion

organique des thèmes abordés en conjuguant autant que possible l'ordre analytique (des

arguments) et l'ordre synthétique (des thèmes), dans une progression continue :

1- Sur une prétendue incompatibilité des Non au sein du Non, et l'impossibilité qui

s'ensuivrait d'en dégager une signification univoque en vue d'un projet alternatif :

arguments 1-2-3-4.

2- Sur le retournement de l'objection (précédemment réfutée) par la mise en lumière de

l'incohérence du Oui, en particulier de celle propre au Oui de gauche : arguments 4-5-6-

7.

3- Sur la tentative de coup de force d'une légitimation rétroactive des Traités antérieurs,

avec pour seule alternative de les ratifier ou...de les garder ! : arguments 7-8-9-10

4- Sur l'illégitimité de l'auto-négation de la puissance nationale, même en vue de la

supra-nationalité d'une puissance européenne que cette Constitution, de toute façon,

interdit : arguments 10-11-12-13.

5- Sur le caractère d'abord anti-européen de cette Constitution, d'où peut se déduire la

seule finalité susceptible de lui donner un sens : arguments 13-14-15-16.

6- Sur l'élucidation, à partir de cette mise en évidence, du véritable sens de

l'incohérence théorique du Oui de gauche, dans une perspective stratégique : arguments

16-17-18-19.

 

Les arguments articulant les thèmes seront "colorisés" en rouge.

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RESUME DES ARGUMENTS

La France est reconnue, distinguable dans le monde non seulement pour les idéaux de

liberté, d’égalité et de fraternité issus de 1789, mais aussi pour la spécificité du projet

social, issu de la Résistance, qui en découle. Sur ce fondement :

• L’argument 1 montre qu'un rejet par la France du projet de Constitution aurait une

signification particulière : cela signifiera l’exigence de plus de social dans le projet

européen. D'où sa valeur éminemment positive, constructive.

• L’argument 2 constate que, entre partisans du Oui et ceux du Non, il y a accord sur le

sujet du désaccord : tous reconnaissent que c’est le contenu libéral de la partie III du

projet de Constitution qui pose problème.

• L’argument 3 montre que le sens du Non souverainiste est lui aussi anti-libéral.

• L’argument 4 constate cette homogénéité du Non et relève, a contrario, la différence

de fond entre le Oui de droite et le Oui de gauche : l’un accepte telle quelle la forme de

libéralisme consacrée par la Constitution, l’autre prétend pouvoir la corriger.

 

• L’argument 5 montre que, en raison de la signification sociale d'un Non français, la

gauche prend un risque stratégique majeur à soutenir le Oui: celui de laisser l'initiative

du Non à un pays lui donnant un moindre sens social.

• L’argument 6 montre que l'argument précédent n'est jamais invoqué précisément

parce qu'une Constitution plus libérale encore paraît, même à la gauche, difficilement

réalisable.

• L’argument 7 montre qu’en vertu de sa subordination explicite aux législations

nationales, la Charte des droits fondamentaux n’a aucune valeur normative : elle n’est

pas juridiquement contraignante pour les Etats membres.

• L’argument 8 relève que puisque c’est le contenu libéral de la partie III de la

Constitution qui fait le plus débat et qui apparaît comme le point décisif au sujet duquel

vont s’exprimer les électeurs, ce serait un déni de démocratie particulièrement flagrant

que de l’appliquer quelle que soit l’issue du vote, en tenant pour rien l’expression de la

volonté populaire.

• L’argument 9 montre que l’on a mis les électeurs devant un fait accompli : la

libéralisation à outrance de l’économie européenne. En leur expliquant que plus rien ne

peut être fait contre cela même pour quoi on leur demande pourtant de voter, on leur

demande en réalité d’ériger un fait en droit.

• Les arguments 10 et 11 montrent que les dirigeants qui aujourd’hui prétendent toute

renégociation de la Constitution inenvisageable se discréditent d’avance pour une

éventuelle renégociation demain. En cela, le vote du 29 mai est bien aussi un enjeu de

politique nationale, sur le choix de nos dirigeants de demain.

• L’argument 12 relève combien la dénonciation d'un "débat franco-français" à propos

du débat sur la Constitution manifeste une conception de l'Europe négatrice des

identités nationales.

• L’argument 13 montre que le contenu exclusivement libéral du projet de Constitution

conduit à une dilution de l’Europe, en ne distinguant aucunement le libre-échange

régissant les rapports entre ses Etats membres de celui promu, hors d’elle, par la

mondialisation(15).

15- Les grandes puissances du monde, à commencer par le Japon et les Etats-Unis, mènent des politiques économiques volontaristes et pragmatiques, sans s’inquiéter de savoir si cela est conforme à tel ou tel dogme de l’orthodoxie libérale. Typiquement, les Etats-Unis, hérauts du libéralisme, ne s’interdisent ni le protectionnisme (en conservant des droits de douane -là où la Constitution organise au contraire leur suppression progressive- et en mettant en place des barrières pour protéger leur industrie), ni la relance keynésienne par l’intervention ponctuelle de l’Etat dans l’économie. L’Europe pour sa part s’y refuse dogmatiquement et s’expose ainsi sans se protéger, comme elle le découvre avec l’invasion du textile chinois depuis la fin des quotas d’importation le 1er janvier 2005.

• L’argument 14 montre que l’attachement définitif à l’OTAN signe l’arrêt de mort du

projet d’Europe européenne.

• L'argument 15 montre que les bienfaits de l’Europe vantés par les partisans du Oui

plaident au contraire pour le rejet de cette Constitution.

• L'argument 16 montre en quel sens on est conduit à dire que cette Constitution n'a

d'autre finalité que de subvertir les fondements même de l'état de droit.

• Les argument 17, 18 et 19 exposent comment les partisans d’un « Oui de gauche »

pratiquent sciemment la politique du pire pour mieux s’imposer dans la politique

nationale. Leurs arguments pour rejeter la directive Bolkestein en sont une parfaite

illustration.

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EXPOSE DES ARGUMENTS

1/ Un Non français sera d'abord, aux yeux de l'Europe comme du monde, celui de la

France et en cela, il parlera de lui-même en raison du projet social français qui la

caractérise et de la tradition historique où il s'inscrit, au moins depuis le programme –

gaullo-communiste – issu de la Résistance et qui est exactement ce que la Constitution

européenne remet en cause dans la notion de service public (16).

16- en dépossédant la collectivité nationale de son autonomie de gestion de tout service public susceptible d'être soumis à une  "concurrence libre et non faussée" (EDF, transports, etc.), c'est-à-dire en assimilant la propriété publique de tels services à une propriété privée ne visant qu'à un maximum de rentabilité: de sorte qu'à terme, il n'y ait plus que des désavantages à ce qu'elle demeure publique (d'où la substitution progressive et irréversible, à toute entreprise publique, de "missions de services publics", offertes en pâture à la concurrence d'entreprises privées).

2/ Les partisans du Oui les premiers, de droite comme de gauche, se sont chargés de

clarifier le sens du Non puisqu’ils n'ont cessé, jusqu'ici, de tenter de convaincre les

Français que cette Constitution n’est pas libérale. C’est bien la reconnaissance que ce

qui pose problème, c’est son libéralisme, et ce pour tout le monde (17).

17- à part Sarkozy et de plus en plus de représentants de la majorité gouvernementale qui, devant l'impossibilité, désormais, de rester crédibles en niant ce caractère libéral, pensent plus stratégique, sur le court et long terme, de s'en réclamer ouvertement, d'imputer au "modèle Français" les carences de sa gestion et, plutôt que d'y remédier, proposent de  "changer la France grâce à l'Europe" (c'est-à-dire de continuer à s'appuyer sur Bruxelles pour se dédouaner de ce dont les Français ne veulent pas).

3/ Le Non souverainiste est lui aussi anti-libéral (en tout cas au sens du libéralisme

imposé par cette Constitution) puisque, se réclamant de la spécificité nationale

française, il refuse l'impossibilité d’une politique économique dirigiste ou même

seulement protectionniste, pourtant inévitable face aux excès de la mondialisation.

4/ Sur le refus français de la Constitution de l’UE, il n’y a donc pas de différence entre

Non de gauche et Non de droite (au moins européenne) alors qu’il y a une divergence

radicale sur le fond entre oui de droite et de gauche (même si ce n’est plus la même

droite –ni sans doute la même gauche) puisque la droite approuve le libéralisme tel que

le normalise la Constitution alors que la gauche ne l'accepte et ne consent à le

constitutionnaliser que dans la perspective de le corriger, compléter, détourner ou

contourner, c'est-à-dire qu'avec beaucoup moins de cohérence que la droite, elle soutient

ardemment une Constitution...dont elle nous assure déjà qu'elle fera tout pour en

neutraliser l'orientation !

5/ La gauche devrait plutôt réaliser qu'en votant Oui, les Français prendraient le

risque énorme de laisser la voix du Non à une autre Nation, nécessairement moins

social ou plus libéral que la France. Et ce Non signifierait alors clairement une

exigence de plus de libéralisme et de moins d’Union sociale (ou de possibilité

d’indépendance nationale dans le choix d’une politique sociale au sens français). Un

Oui de la France ne serait donc pas seulement un Oui à cette Constitution, mais à Oui à

la possibilité de son rejet en vue d'une restriction encore plus drastique du minimum

résiduel de contrainte sociale qu'on peut y trouver, quoique encore toujours subordonné

au meilleur fonctionnement d'une économie exclusivement libérale.

6/ Pourquoi ce dernier argument n'est-il jamais invoqué, sinon parce qu'implicitement,

chacun convient de l'improbabilité d'une Constitution encore plus libérale que celle-ci ?

(18) Il ne faut pas non plus se laisser prendre au faux argument de l'urgence d'un besoin de Constitution, qui ne serait de toute façon pas satisfait avant 2009. C'est toujours une pratique suspecte que de presser quelqu'un de signer un contrat...

7/ Les sociolibéraux du PS et des Verts ne cessent d’arguer de la Charte des droits

fondamentaux pour y voir une protection contre toute « dérive ultralibérale » (puisqu'ils

n’ont rien contre le libéralisme) alors qu’ils prétendent réduire la partie III, loi-cadre

prédéterminant la politique économique et sociale de l’UE, à une simple synthèse

récapitulative « pour mémoire » des traités antérieurs, sans véritable valeur

constitutionnelle (même s’ils n’osent pas aller expressément jusqu’à cette contre-vérité,

ils s’efforcent de la suggérer par des artifices rhétoriques). La vérité est inverse : la

Charte n’a pas de valeur juridiquement contraignante puisque tout en s’inscrivant

dans la Constitution, elle y inscrit en même temps la restriction explicite qu’aucun de

ses articles ne saurait prévaloir, dans aucun des Etats membres, sur les pratiques

institutionnelles de cet Etat (cf. II-111-2, II-112-4 et 5 et le préambule) (19). Au

contraire, la partie III, elle, se présente elle-même comme absolument contraignante et

elle est littéralement normative. Si elle est intégrée dans la Constitution, ce n’est donc

pas comme un corps étranger (ce qui est le cas, en revanche, pour la Charte) mais bien

en effet pour lier l'adoption de la Constitution à un engagement au respect des principes

de l’idéologie libérale qu’elle explicite sans équivoque et des conséquences pratiques

impliquées par ces principes et qu’elle détaille par le menu.

19- Art. II-111-2 : « La présente Charte n'étend pas le champ d'application du droit de l'Union au-delà des compétences de l'Union, ni ne crée aucune compétence ni aucune tâche nouvelles pour l'Union et ne modifie pas les compétences et tâches définies dans les autres parties de la Constitution. » On ne peut pas être plus clair que cet article 111-2 qui stérilise l’ensemble de la Charte en la vidant de son sens. C’est donc un miroir aux alouettes, un écran de fumée.

8/ Or justement parce que la partie III est plus constitutionnelle ou constitutionnalisée

que la partie II, dire Non à cette Constitution, c’est en toute logique dire non à la partie

III bien plus encore qu’à la Charte. Il est donc scandaleux de prétendre que le Non serait

un Non qui s’appliquerait uniquement aux autres parties sans obligation de

renégociation de celle-ci et que nous serions simplement reconduits au statu quo, c’està-

dire à ce qui aurait été refusé sans conteste, au moins en France, de l’avis même des

partisans du Oui, puisque J-P Raffarin a osé le sophisme que ceux qui s’opposeront à la

Constitution n’obtiendraint que de garder de l'Union précisément ce qu’ils en refusent.

Ce serait un déni de démocratie sans précédent, qui devrait suffire à discréditer tous

ceux qui en soutiennent la possibilité (20).

20 - C’est en effet la première fois que les Français ont la possibilité de s’exprimer sur l’orientation résolument libérale (sans garde-fous d’aucun ordre dans aucun domaine: la simple possibilité d’un minimum de protectionnisme ou de taxations douanières comme aux Etats-Unis est expressément rejetée), de la construction européenne. Le seul précédent referendum, celui de Maastricht en 1992, portait uniquement sur le passage à la monnaie unique.

9/ Le chantage est le suivant : sous peine de retour au statu quo, on demande au peuple

d’ériger le fait historique (l'évolution libérale de la construction européenne) en un

droit fondateur, en se liant définitivement à ce qu’il aura consacré, en lui interdisant à

l’avenir de dénoncer ce qu’il aura lui-même signé. Mais le Non n’est pas un retour au

statu quo : même dans l'hypothèse où il ne serait suivi d’aucun effet positif, le peuple se

serait prononcé contre ce qui ne pourrait plus dès lors lui être qu’imposé, en dépit de sa

volonté déclarée : en réalité, dans l'option du Non, au lieu de se lier à un contrat léonin,

le peuple garde les mains libres et il s’acquiert même un droit nouveau, celui de

s’opposer à son propre gouvernement et de le renverser par l’insurrection si celui-ci

persistait à lui imposer l’application d’une règle ou d’un règlement contraire à son

suffrage. La renégociation de la Constitution en cas de victoire du Non (et par

conséquent aussi, et même prioritairement des traités antérieurs tels qu'ils sont repris

dans sa partie III), si c'est un Non de la France, est donc une obligation, et juridique, et

démocratique, et politique au sens le plus radical, qui est absolument incontournable.

10/ Ceux qui prétendent une renégociation de l’organisation actuelle de l’UE

inenvisageable choisissent d’ores et déjà de ne pas se conformer à la volonté nationale

et la trahissent déjà en affaiblissant d’avance leur propre Nation au cas où le Non

l’emporterait puisqu’ils ne se voient que plaider coupables et contraints au profil bas

pour toute éventuelle renégociation ultérieure. C'est exactement ce que l'on appelle une

forfaiture, et ce, quelle que soit l'issue du scrutin.

 

11/ En ce sens, l’enjeu du referendum est bien aussi essentiellement intérieur à la

France et les politiques usant de ce genre d’argument ont choisi de jouer leur carrière

sur ce scrutin, consciemment ou non. Ils devront en tenir compte. Le peuple sera en

droit de l’exiger et de les y contraindre.

12/ La dénonciation d’un prétendu débat « franco-français » présuppose que la France

devrait penser à l’Europe en faisant abstraction de la France : elle relève d’une

conception de l’Europe fondée sur le déni de la réalité nationale, en particulier

française. On ne construit pas l’Union avec un ou plusieurs autres sur la

détestation de soi (21).

21- c'est-à-dire en se mettant soi-même entre parenthèses ou en réduisant le poids de sa Nation à celui d'un "pois chiche dans une couscoussière" (comme on a pu le lire dans un courrier des lecteurs du Nouvel Obs). Il semble pourtant qu'il y ait souvent beaucoup de détestation de soi dans la passion supra-nationaliste : c'est une disposition psychologique dangereuse et qui devrait rappeler à certains de très mauvais souvenirs.

13/ Mais le premier argument à prendre en compte par ceux qui veulent vraiment

l'Europe, qu'elle soit Union de Nations ou supra-nationale, c'est que tout en limitant le

pouvoir des Nations, cette Constitution est d'abord anti-européenne : elle normalise un

libre-échange interne identique entre les Etats-membres à celui de l’ensemble des Etatsmembres

avec le reste du monde et qui tend à ouvrir les frontières de l’Europe selon un

mode strictement analogue à celui selon lequel elle ouvre les frontières de ses Etatsmembres

à l’« intérieur » de l’Europe. La sujétion économique des Nations à la logique

libérale de l'Union n'a pour fonction que d'assujettir l'Union elle-même à un libreéchange

mondial dans lequel ni son défaut de cohésion, économique aussi bien que

politique, son refus normatif de toute stratégie planificatrice ou monétaire ne peut que la

conduire à se dissoudre à vitesse accélérée pour le seul profit de détenteurs de capitaux

d'origine et de destination indifférente (22). Tout se passe comme si nous n'assistions

plus à une construction de l'Europe, mais à la programmation méthodique de sa

dilution.

22 - c'est-à-dire que l'on s'interdit de pouvoir maîtriser si ces capitaux seront on non effectivement investis au profit de la puissance économique et politique de l'Europe.

14/ Car cette Constitution est aussi la négation même de l’Europe comme entité

politique distinctive et indépendante. Elle en fait une Euramérique liée tout entière à

ceux de ses Etats qui sont liés à l’OTAN –et constitutivement(23), or il était d'autant

moins nécessaire de graver ce lien temporaire dans le marbre d'une Constitution qu'elle

requiert l’unanimité pour toute politique de défense et de sécurité de l’Union. Cela

revient donc à s’appuyer sur l’implication actuelle de certains Etats dans l’OTAN pour

préciser la nécessité normative et définitive d’une subordination de l’Europe tout entière

à l’OTAN, y compris dans l’hypothèse où tel ou tel de ses Etats, voire leur totalité,

voudraient se dégager de l’OTAN en vue d’un engagement prioritairement européen !

Cette Constitution interdit cette possibilité en plaçant l’Europe tout entière sous l’égide

de l’OTAN. C’est la négation même de l’affirmation du principe gaulliste : l’Europe

sera européenne ou elle ne sera pas.

23- cf. l'article I 41-2 et 7

15/ Il a déjà été relevé que tous les éloges de l’Europe qui prétendent fonder le Oui à la

Constitution sur un Oui à l’Europe vantent une Europe SANS constitution. Il faut aller

plus loin: l’inventaire des bienfaits de l’Europe ne porte que sur les bienfaits de

l’absence de Constitution, c’est-à-dire d’une Europe évolutive et ouverte, à géométrie

variable et qui serait aujourd'hui plus nécessaire que jamais en vue de l'intégration "en

douceur" des nouveaux entrants de l'Est. Mais c’est justement cette mobilité de l’Europe

que la Constitution a pour finalité, en tout cas pour objet explicite chez ses partisans, de

figer ou fixer : en particulier en limitant le principe dynamique de la construction

européenne jusqu’ici, qui a été celui des coopérations renforcées, en en subordonnant

l’initiative à la règle de l’unanimité, et la réalisation à la participation d'un tiers au

moins des Etats membres (soit neuf).

16/ En définitive, cette Constitution n'a qu'une seule finalité, en laquelle réside en même

temps son originalité absolue: c'est d'instituer, pour la première fois au monde, un

contre-Droit (24). Elle le fait en élevant la concurrence au rang de principe normatif.

Le Droit s'oppose à la loi du plus fort et à l'état de guerre perpétuelle où le plus fort ne

cesse d'avoir à prouver qu'il l'est. Le contre-Droit de la concurrence dit au contraire : «

Battez-vous, et que le plus fort gagne! ». Evidemment, pour gagner, le plus fort n'a

aucun besoin d'aucun droit. En revanche, il a besoin qu'on ne lui oppose pas le Droit. Il

lui faut donc un contre-Droit, un contre-feu au Droit, un droit qui s'oppose au Droit

comme le contre-feu s'oppose au feu, en lui coupant l'herbe sous le pied. Le contre-

Droit ne dit pas seulement que la guerre est un droit (rien d'original à cela, ni de

contraire au Droit) ; il ne définit pas simplement des règles pour la pratique de la guerre

(telles que celles de la Convention de Genève) ; il déclare l'exigibilité prioritaire de la

guerre de tous contre tous...pour le meilleur profit de chacun (« Battez-vous, tuez

vous...mais ne vous faîtes pas mal ! »).

24- Alors que le propre du Droit est d'être un rempart des faibles contre les forts, le contre-Droit instauré par la constitutionnalisation du libéralisme légaliserait la naturelle vulnérabilité des faibles aux forts. C'est bien sûr l'intérêt des forts (au moins économiquement) que de mettre enfin un terme au Droit, qui pose une limite à l'étendue de leur puissance.

17/ Il est temps de se demander alors pourquoi une pareille ardeur offensive du Oui le

plus paradoxal, celui "de gauche". Pourquoi un tel forcing rose-vert ? On se contente

habituellement de répondre que les socio-écolo-libéraux "de gouvernement" ne peuvent

pas se déjuger, ayant été partie prenante dans l'orientation libérale de l'évolution de

l'Union telle que la consacre la Constitution. Mais cette réponse n'explique pas la

facilité surprenante avec laquelle ils dénoncent un jour le Traité de Nice qu'ils ont

soutenu la veille. Il y a lieu de craindre que la vérité soit moins reluisante: le

libéralisme institutionnalisé leur permettra de se présenter comme un recours et un

correctif d’autant plus indispensable (à l’échelle de la politique d’abord nationale)

contre la tendance lourde au libéralisme et à ses dérives ultra-libérales dont ils ne nient

même pas que la Constitution soit effectivement porteuse. Contrairement à ce qu'ils

prétendent, c'est bien 2007 qui est pour eux l'enjeu –tout comme il en est dans le

positionnement ultra-libéral de Sarkozy.

18/ C'est pourtant bien Sarkozy dont la stratégie est à la fois la plus directe et la plus

honnête (ou cynique) aussi eu égard à l'enjeu référendaire. Et c'est ce qu'illustre a

contrario l'énorme intox du Oui de gauche quand il ose présenter la Constitution comme

le meilleur moyen de lutter contre des mesures telles que la directive Bolkestein: si

celle-ci était contraire à la Constitution, pourquoi aurait-on besoin d’exiger que la

Commission s’engage à sa « remise à plat » dès avant le vote français du 29 mai ?

Pourquoi ne pas s’appuyer plutôt sur son caractère anti-constitutionnel pour en

faire un argument de plus, et celui-ci incontestable, en faveur du Oui ? Pourquoi n'a-ton

pu obtenir que cette simple « remise à plat » (qui n'engage à rien de déterminé,

comme en a déjà prévenu l'actuel président de la Commission) ? Et comment se fait-il

que les défenseurs de cette directive (puisqu’il y en a !) se trouvent-ils tous dans le

camp du Oui ? C’est au moins une illustration irréfutable de la divergence en

profondeur des partisans du Oui (cf. argument 4).

19/ En réalité, les libéraux savent très bien que la directive Bolkestein découle de la

partie III (articles 144-150) et les socio-libéraux s’imaginent qu’ils pourront tirer

parti de ses conséquences dévastatrices pour s’imposer comme un garde-fou

nécessaire à l’ultralibéralisme qui en résultera et qui, tout en les disculpant de tout recul

social, permettra de présenter comme une prouesse politique la moindre atténuation de

ses effets à l’échelon national. C’est le parti de la politique du pire. C'est aussi la pire

des politiques.

thibaud.delahosseraye@wanadoo.fr

Par T. de la Hosseraye - Publié dans : cyberemy
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Vendredi 20 mai 2005

... Je viens tout juste de parcourir un doc reçu dans la matinée. C'est tellement énorme que je me demande si ce n'est pas encore un coup du Seigneur Sith pour égarer les jeunes Padawan ! Mais bon, même si c'est une odieuse manip', les arguments en faveur du Non qui y sont développés valent leur pesant de cacahouettes, et c'est rien de le dire comme y disent à St Etienne, et ça fait pas mourir de rire, et va respirer après ça...

Donc lisez-le SVP, je me répète mais ça fait froid dans le dos ! Ca s'appelle "Inédits pour le Non".

Par LE PERRON - Publié dans : cyberemy
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