QUE LA FORCE SOIT AVEC... MAIS PUTAIN LAQUELLE ???

Votez Non ! - Mais non, votez Oui ! Ah oui, mais Non ! Mais oui !

 

Mercredi 18 mai 2005

Loin du catastrophisme des tenants du « oui », des partisans du « non » de diverses sensibilités de gauche lancent des propositions pour mettre l’Europe sur de nouveaux rails.

Que se passera-t-il si le « non » l’emporte ? « Le chaos », répondent la plupart des partisans du « oui ». Plusieurs personnalités de sensibilités différentes, mais toutes engagées dans la campagne pour un « non » de gauche, présentent un document, une « contribution commune », qui offre des pistes de travail et de réflexion. « Soumises au débat que la dynamique du "non" met à l’ordre du jour et que son succès ne manquera pas d’élargir », ces propositions qui prennent le parti « d’un antilibéralisme conséquent et d’un esprit démocratique affirmé » pourraient constituer « une solide base de travail ». « Ce n’est pas un programme tout ficelé, traitant de tout, qu’il suffirait de ratifier, comme le fait sans vergogne le texte de la constitution », affirment les auteurs de ce document, parmi lesquels Jean-François Gau, Bernard Cassen, Claire Villiers, Jacques Nikonoff, Francis Wurtz, Annick Coupé, Pierre Cours-Salies, Nicole Borvo, Roger Martelli, Bernard Langlois... Il s’agit « d’hypothèses générales » et de « dispositions concrètes » « pour engager l’Europe sur de nouvelles bases ».Selon ce document, « la victoire du "non" signifiera le rejet de politiques depuis trop longtemps marquées du sceau d’un libéralisme arrogant. Elle s’inscrira dans la continuité des mobilisations sociales de ces dernières années ». Pour en tirer les conséquences, ils proposent « une réorientation fondamentale de la construction européenne » amorcée par « des mesures immédiates qui corrigeront ce que les politiques suivies ont de plus intolérable ».

I

Une réorientation fondamentale

de la construction

européenne

« Au coeur de cette réorientation sera placée une nouvelle charte des droits, cette fois démocratiquement élaborée. Son application sera impérative dans tous les territoires de l’Union. Elle se fondera sur des principes que l’actuelle charte ne satisfait en aucune manière :

La recherche de normes communes doit conduire l’Europe à rechercher une convergence par le haut, permettant un renforcement des protections juridiques accordées aux travailleurs, et non pas à s’aligner sur le plus petit dénominateur commun aux législations nationales.

Le principe de non-régression doit le garantir : aucune mesure européenne ne pourra remettre en cause les droits sociaux et fondamentaux reconnus par telle ou telle législation nationale.

La coopération, la solidarité et la définition démocratique des besoins et des droits sociaux doivent, seules, être des objectifs et des normes supérieures de l’Union. Ni la concurrence ni le libre-échange n’occuperont cette place prépondérante. »

II

Dix mesures immédiates

Immédiatement, nous nous mobiliserons pour que les institutions de l’Union et celles des États membres adoptent les dix mesures suivantes :

o.Le pacte de stabilité, qui justifie le recul des dépenses publiques, sera abandonné.

o.Le budget européen sera réévalué, pour faire face aux exigences d’intervention publique et, notamment, pour réussir l’élargissement.

o.La directive Bolkestein, qui vise à institutionnaliser et à développer le dumping social avec le principe du « pays d’origine », sera retirée. Toutes les décisions qui vont dans le même sens seront écartées.

o.La proposition de la Commission visant à autoriser la semaine de 65 heures sera abandonnée.

o.Les directives imposant la mise en concurrence des services publics seront suspendues, un moratoire sera immédiatement décrété sur les privatisations et un bilan économique et social complet des démantèlements de services publics sera dressé, contradictoirement, dans les plus brefs délais.

o.Les secteurs de l’éducation, de la santé et de la culture ne pouvant être soumis aux règles de la marchandisation, ils devront être retirés sur-le-champ des négociations de l’accord général sur le commerce des services.

o.La Banque centrale européenne sera assujettie aux institutions politiques de l’Union. Il sera mis un terme à l’obligation de contenir les salaires, les retraites et les minima sociaux au nom de la stabilité des prix.

o.Une directive de protection contre les licenciements collectifs sera adoptée. L’obligation sera affirmée de négocier, sur des propositions alternatives, avec les représentantes et représentants des travailleurs qui disposeront d’un droit de veto suspensif.

o.L’Union européenne plaidera sans attendre pour le respect intégral des accords de Kyoto et celui des objectifs retenus par l’ONU en 2000 (objectifs du millénaire).

o.L’Europe annulera les dettes qu’ont contractées les pays du Sud auprès de ses membres.

III

Un nouvel édifice institutionnel

« L’Europe a besoin d’institutions communes démocratiques et solides, pour ne pas laisser le champ libre à la jungle de la concurrence. Or, depuis plus de vingt ans, le néolibéralisme et l’éviction des citoyens font bon ménage. Le moment est donc venu de rompre avec les anciennes logiques et de répandre sur le Vieux Continent le souffle d’une démocratie renouvelée. » Pour les auteurs du document, il convient de tenir compte « de deux ordres de réalité : le cadre strict de la souveraineté nationale ne suffit plus à répondre au besoin de souveraineté populaire et démocratique à l’échelle continentale ; mais le cadre national de la politisation démocratique et le rôle des gouvernements et des parlements ne sont pas dépassés pour autant ».

Ces principes pourraient s’exprimer notamment de la manière suivante :

o.Le respect d’une nouvelle charte des droits est une condition fondamentale d’appartenance à l’Union. Un État qui décide de tourner le dos à ces principes tend à se placer de lui-même en dehors de l’Union.

o.L’État et l’espace public doivent être dégagés de toute pression religieuse ou philosophique. La référence religieuse ne peut en aucun cas être tenue pour un patrimoine commun et une dimension constitutive de l’Union. La tradition démocratique, seule, peut être placée au coeur de la vie commune. L’Union européenne respecte donc le principe de laïcité, notamment par une stricte séparation avec les institutions religieuses.

o.L’exercice de la citoyenneté européenne sera élargi. Une citoyenneté de résidence permettra à tous les résidents, quelle que soit leur origine et selon des conditions identiques quel que soit l’État membre où ils sont établis, de bénéficier des mêmes droits civiques que les ressortissants de l’Union.

o.Les pouvoirs du Parlement européen seront renforcés. Les dispositions qui limitent son pouvoir législatif seront abrogées en matière d’initiative des lois et de budget. Il contrôlera l’exécutif et la Banque centrale européenne. Sa coopération avec les parlements nationaux sera développée.

o.Le respect strict de la subsidiarité permettra de fonder sur d’autres bases le rapport des États et de l’Union. Appuyée sur une réorientation profonde de la politique économique et sociale, la répartition des compétences pourra s’opérer sur des critères sociaux et environnementaux radicalement différents de ceux qui ont prévalu jusqu’alors. Dans ce cadre, sera retenue la modalité qui assure le respect maximal des droits.

o.Dès l’instant où elle sera fondée sur une pleine souveraineté populaire, la règle européenne deviendra la norme commune de toute l’Union. En attendant, en cas de désaccord persistant avec un État, seul le suffrage universel dans le pays concerné peut décider la non-application d’un acte européen.

o.Les prérogatives de la ou des instances exécutives seront encadrées. Ainsi, l’exécutif ne pourra pas disposer des pouvoirs excessifs qui sont aujourd’hui attribués à la Commission en matière de « politique de la concurrence » et de négociation internationale. Son champ d’action sera limité et soumis au contrôle parlementaire. Il doit rendre des comptes de son action devant le Parlement.

o.Il faut en finir, non pas avec le rôle nécessaire des États dans la construction européenne, mais avec la pratique d’instances de décision complètement opaques et coupées des citoyens, sinon des parlementaires européens eux-mêmes. La conception traditionnelle de la « coopération intergouvernementale » au sein du Conseil sera ainsi dépassée. Pour cela, l’implication directe sous toutes les formes des acteurs sociaux, des citoyens et des élus doit être favorisée, largement en amont des décisions prises. Les expériences de la démocratie participative seront développées à cet effet.

o.L’accès à l’information et l’exercice du pluralisme seront renforcés. La constitution de citoyens en associations, leurs possibilités d’expression et le pluralisme seront matériellement encouragés. Toute demande venant d’au moins un million de citoyennes et de citoyens sera obligatoirement examinée par les institutions européennes.

o.Le rôle des parlements nationaux sera renforcé. Un débat d’orientation doit être organisé chaque année sur la politique européenne, ainsi que sur les mandats confiés aux gouvernements et sur les positions qu’ils seraient amenés à prendre.

o.Contrairement aux dispositions de l’actuel projet, en aucun cas l’OTAN ne doit être considérée comme une institution européenne.

o.Le traité fixant le fonctionnement des institutions pourra être révisé. La majorité qualifiée suffira pour procéder à une révision. Toute modification substantielle sera ratifiée par un référendum.

IV

Une réorientation profonde des politiques de l’Union

Contrairement au traité, le document ne propose pas « de traiter dans un même texte la question institutionnelle et le dossier des politiques économiques et sociales ». « Mais, précisent les auteurs, nous sommes aussi persuadés que l’Union européenne a besoin à la fois d’une réorientation de ses politiques et d’institutions adaptées à ses buts. » À la logique ultralibérale, ils opposent « celle que portent les luttes sociales, féministes, altermondialistes, les forums sociaux européens ; celle qui s’inspire de la tradition démocratique et sociale comme celle qui s’ancre dans les principes républicains ».

Pour que l’Europe puisse s’engager dans une voie nouvelle, nous proposons les orientations suivantes pour l’Union :

o.L’Europe cherchera à éradiquer le chômage et la précarité. Des objectifs annuels seront décidés en matière de création et de transformation d’emplois, comme en matière de formation, et cela en articulation avec les objectifs régionaux et nationaux. Les conditions seront créées pour que s’impose, le plus rapidement possible, un système de sécurité d’emploi et de formation qui garantira la continuité des droits et des revenus afférents au contrat de travail. La puissance publique agira pour faire prévaloir ce droit.

o.Dégagé du pacte de stabilité, le budget de l’Union sera renforcé. Des emprunts pourront être contractés par l’Union auprès de la Banque centrale européenne pour réaliser les objectifs industriels, environnementaux et sociaux décidés en commun. Les fonds locaux et régionaux pour l’insertion et l’emploi seront soutenus.

o.Le principe de l’indépendance de la Banque centrale européenne sera abandonné. Elle verra son statut et ses missions profondément révisés. Elle aura pour objectif de favoriser l’emploi et la formation. Avec les banques centrales nationales, elle devra rendre des comptes aux gouvernements et aux élus.

o.La fiscalité et le crédit seront réorientés en se fixant pour objectifs le développement humain, l’emploi de qualité pour toutes et tous et la préservation des équilibres écologiques. Les stratégies purement financières, au coût social et environnemental élevé, seront pénalisées. Les aides publiques seront contrôlées. La création de pôles bancaires publics, nationaux et européens sera encouragée.

o.Une réduction simultanée du temps de travail sera envisagée dans tous les pays de l’Union.

o.Pour veiller au respect des normes sociales, une règle européenne incitera les États membres à se doter d’une inspection du travail, à en fixer les compétences minimales et à assurer les moyens de sa mission.

o Le service public ou d’intérêt général sera reconnu dans les institutions de l’Union et échappera aux règles de la concurrence. Il ne sera donc pas tenu pour une dérogation au principe de libre concurrence. L’Union aura obligation de créer de tels services, pour répondre aux besoins sociaux : elle le fera en particulier pour garantir l’accès égal aux biens communs à commencer l’eau et l’énergie. En tout état de cause, elle favorisera la coordination et la coopération à l’échelle européenne des différents services publics nationaux et régionaux.

o.Le droit à un revenu qui permette de vivre deviendra effectif pour toutes et tous. Des normes communes de salaires et de revenus, en dessous desquelles on ne peut descendre, seront fixées en prenant en compte le degré de développement et les acquis différents de chacun des pays de l’Union européenne. La sécurité sociale et les retraites relèveront d’une logique publique et solidaire, dans leur fonctionnement et leur financement, à l’opposé des recours aux systèmes d’individualisation issus du marché (fonds de pension, assurances, etc.).

o.L’égalité entre les hommes et les femmes deviendra une valeur fondamentale de l’Union. Cela implique des mesures précises concernant : l’égalité réelle des salaires et des carrières professionnelles et le droit réel à l’emploi ; l’égalité dans la sphère privée et le partage des tâches ; le droit à l’avortement, à la contraception et à l’orientation sexuelle de son choix ; le droit au divorce ; le droit à vivre sans violence ; la lutte contre la traite des êtres humains à des fins de prostitution ; le respect d’une démocratie paritaire représentative.

o. La lutte contre toute forme de racisme et d’antisémitisme, le néofascisme, le chauvinisme, la xénophobie, le nationalisme et contre toutes les formes d’intolérance sera un objectif de l’Union. La discrimination sexiste et l’homophobie seront condamnées.

o. Les droits des migrantes et des migrants seront assurés : respect du droit d’asile et son extension à toutes les formes de persécution, égalité absolue des droits au travail, au logement et aux soins ; régularisation immédiate des sans-papiers résidant en Europe ; institution d’une citoyenneté européenne de résidence ; instauration d’une véritable politique de l’immigration prenant en compte les intérêts de développement du Sud.

o.Dans toutes les grandes entreprises, les droits et les pouvoirs des salariés et de leurs organisations seront étendus. Dans le secteur public, l’exercice de ces droits sera couplé à l’intervention des usagers pour conforter le contrôle citoyen des missions de service public.

o.Une politique active de l’environnement permettra à l’Europe d’agir pour l’expansion du ferroviaire et de la voie d’eau, la sécurité maritime, la lutte contre les inondations, l’essor des énergies alternatives renouvelables, les économies renforcées d’énergie, la protection des milieux naturels et l’amélioration des cadres de vie. Une charte fixera les ambitions européennes d’un modèle de développement, humain, économe et donc durable. Au contraire des logiques spéculatives et productivistes, un « alterdéveloppement » ouvre une voie réaliste pour notre continent. L’Europe agira en ce sens dans les négociations sur l’après-Kyoto (2012).

o.L’Europe se dotera d’une véritable politique industrielle soucieuse de l’environnement, en concertation avec les collectivités nationales et territoriales. Une autre politique agricole commune favorisera une agriculture non productiviste, sans semences génétiquement modifiées, liant l’attribution des aides, le respect des normes sociales et la prise en compte de la sécurité et de la souveraineté alimentaires. Les initiatives d’économie solidaire seront favorisées.

o.L’Europe se dotera d’une véritable politique culturelle fondée sur des financements publics, afin de contribuer à développer dans chacun des pays une véritable égalité d’accès à la culture pour toutes et tous, et à améliorer et pérenniser l’exception et la diversité culturelles.

o.L’Europe agira partout en faveur du désarmement et de la paix. Elle agira notamment pour que s’exerce la pleine souveraineté du peuple irakien et pour une paix israélo-palestinienne dans la justice. Elle se placera en rupture avec la politique agressive développée par les États-Unis, notamment dans le cadre de l’OTAN.

o.L’Union portera son aide au développement au moins à 0,7 % du PIB. Elle pèsera en faveur du Sud dans toutes les négociations et notamment celles de l’Organisation mondiale du commerce.

o.L’Europe agira pour la refonte du système des Nations unies, la réduction du rôle des membres permanents du Conseil de sécurité. La Banque mondiale, le Fonds monétaire international et l’Organisation mondiale du commerce seront placés sous le contrôle de l’ONU. À l’opposé de la logique de l’OMC et de l’AGCS, l’Union défendra d’autres relations commerciales basées sur la coopération.

Ont proposé le texte :

Pierre Carassus, Éric Coquerel, Pierre Cours-Salies, François Delapierre, Monique Dental, Jean-François Gau, Élisabeth Gauthier, Raoul-Marc Jennar, Jean-Louis Le Bourhis, Pascal Le Neouannic, Marc Mangenot, Roger Martelli, Roland Mérieux, Alain Obadia, Christophe Rameaux, Michel Rousseau et Louis Weber.

Premiers soutiens :

Paul Ariès, Clémentine Autain, Étienne Adam, Hamida Bensadia, Jean-Jacques Boislaroussie, Jean-Christophe Bonté, Nicole Borvo-Cohen-Seat, Claudy Bouyon, Bernard Cassen, Marylène Cahouet, Jean-Claude Chaumeron, Annick Coupé, Claude Debons, François Dufour, Olivier Frachon, Bernard Guibert, Michel Husson, Pierre Khalfa, Bernard Langlois, Jeannick Le Lagadec, Isabelle Lorand, Claude Michel, Jacques Nikonoff, Jacqueline Pénit-Sonia, Claire Pessin-Garric, René Revol, Yves Salesse, Marie-José Salmon, Marie-Pierre Vieu, Claire Villiers et Francis Wurtz.

 

Par collectif - Publié dans : cyberemy
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Mercredi 18 mai 2005
Bonjour à tous,
Très bon numéro d'ALTER ECO Numéro 236 (de mai 2005, qui sur certain porte par erreur la date avril 2005 : donc se fier au numéro et à la Une sur les matières premières).
Favorable au OUI, mais, et c'est la première fois que je lis cela, sans passion et déraison.
Pages intéressantes :
7-15 : contexte de construction, avancée relativisée, projets nationaux à l'arrière-plan, enjeux, compréhension générale
16-17 : le rôle de la CIG (conférence intergouvernementale) dans la modification du traité conventionnel
30 : encadré : les conséquences négatives du Non.
Suite à cette lecture, ma mobilisation pour un vote négatif ne change pas.
 
Reste une conclusion, à mon sens fondamentale : on ne peut voter "Non" en se lavant les mains le 30 mai de ce qui fut fait le 29. Voter "Non" entraîne une obligation d'engagement : proposer un contre-projet européen (pour un exemple, un peu démago je le concède, cf. mail suivant), se saisir de tous les espaces de paroles et d'actions pour en favoriser la discussion, la diffusion, la construction - partis politiques, syndicats, associations d'éducation populaire, actions de coopérations internationales en et hors d'Europe, que ces actions soient culturelles, sociales, économiques, et que sais-je - pour devenir CITOYEN ACTIF de l'EUROPE. Sur cette disctinction entre citoyen actif et citoyen passif, permettez moi de vous proposer la lecture de deux philosophes qui dénoncent (avec joie, avec feu) le confort de la passive citoyenneté qui est nôtre depuis 1945 (cf. Bernard Stiegler dans tous ses livres paru chez Galilée ; cf. Peter Sloterdijk dans ses derniers opus de vulgarisation). Je sais que tous agissent parmi vous au plus près du réel pour transformer le fonctionnement social (vers plus de justice, d'équité, d'égalité) : c'est nécessaire. Mais donner une forme "politique" (au vieux sens grec) devient aussi nécessaire, tant ceux qui s'en chargent le font mal (je me permets de rappeler ici l'esprit de Platon, certes peu démocrate : il s'agit de faire de la politique, parce que faute de s'en occuper, d'autres mal intentionnés et dangereux pour la survie de la polis en font) : c'est un travail de longue haleine. On ne transforme pas le fonctionnement politique général en quelques années, parlons plutôt de quelques décennies. Donc, au lendemain du 29 mai, j'espère pouvoir maintenir avec tous (et à partir de plus en plus de propos) ce dialogue "politique". Un dialogue constructif et engangé.
 
Pour info, un article tiré de l'Huma, interview d'un décideur, membre de la Convention à l'origine de la Charte, est adversaire du Oui

Entretien. Jean-Maurice Dehousse, ex-vice-président du groupe socialiste au Parlement européen et ancien ministre belge, revendique l’étiquette de « mouton noir ».

« Se déclarer européen et voter "non", c’est malhonnête », décrète Jacques Chirac. En tant que signataire de l’« appel des 200 Européens » soutenant le « non » de gauche (lire l’Humanité d’hier), que lui répondez-vous ?

Jean-Maurice Dehousse. Cette déclaration ne me surprend pas de la part de Jacques Chirac qui, il n’y a pas si longtemps, parlait du « parti de l’étranger » pour qualifier les pro-européens : en fait, tout ce qui est européen ne lui vient pas naturellement. En tant que socialiste belge, je fais partie des gens qui ont toujours été impliqués dans la construction européenne. Tout au long de ma vie politique, comme député ou comme ministre, et, in fine, comme parlementaire européen, j’ai toujours soutenu à ce que je considérais comme des avancées, y compris le traité de Maastricht (pour les fédéralistes belges, la création du comité des régions, c’était l’aboutissement d’efforts très longs) et le traité d’Amsterdam qui le consolidait. En revanche, j’ai voté contre le traité de Nice, malgré un plaidoyer, vibrant à l’époque, de Pierre Moscovici qui en dit aujourd’hui pis que pendre. J’ai participé à la première convention, celle qui a rédigé la charte des droits fondamentaux, mais j’ai refusé de participer au consensus parce que, par exemple, le refus de reconnaître le droit à la Sécurité sociale, qui figure en toutes lettres dans le pacte de New York, qui a été accepté par tous les gouvernements et ratifié par tous les Parlements de tous les États membres, ça m’a mis la puce à l’oreille. Quand on écarte des droits si élémentaires et banals, cela veut dire que l’on se heurte aux influences néo-libérales.

Dans le projet de constitution, la portée de la charte a été drastiquement limitée...

Jean-Maurice Dehousse. La façon dont la charte est intégrée dans la constitution est une insulte à la démocratie : la première convention produit un texte que je ne trouve pas bon, mais il existe ; après, des gens qui ne sont pas mandatés pour le faire, rédigent des commentaires ; on nous dit : « Les commentaires, on ne peut pas en discuter parce que la convention n’existe plus ! » ; deux ans après, au sein de la convention chargée de rédiger la constitution, on ne verse pas au débat les commentaires de la charte ; dans le projet de constitution, on adjoint les commentaires extraordinairement régressifs qui n’ont jamais été discutés par personne... C’est une arnaque juridique invraisemblable : la charte n’est pas obligatoire, mais si on veut l’appliquer, on doit suivre les explications concoctées de manière antidémocratique par le présidium et caractérisées par une myopie réactionnaire considérable. Au Parlement européen, j’ai voté contre la première mouture de la constitution Giscard publiée à l’issue de la convention. À ce titre, je suis de la première génération de « moutons noirs »... Comme, de l’avis général, et même les partisans du « oui » sont obligés de le reconnaître, on a encore délabré le texte de la convention pendant la conférence intergouvernementale en juin 2004, je milite, avec plus de conviction encore, pour le rejet de ce projet en Belgique, en France mais aussi en Allemagne où le débat monte en

puissance.

En cas de victoire du « non » en France le 29 mai, qu’est-ce que vous faites ?

Jean-Maurice Dehousse. Je sens que je vais ouvrir une bouteille de champagne. Mais en fait, on est déjà plus loin... Il se produit une fermentation spontanée des gauches : des gens qui ne se parlaient pas, qui se parlaient plus ou qui ne s’étaient jamais parlé se mettent à discuter ensemble, à découvrir un fond commun à leurs mobilisations dans chaque pays et d’un pays à l’autre. On ne doit pas perdre cet élan nouveau. On le développera si le « non » l’emporte, mais aussi si le « oui » l’emportait... Mais ce qui est sûr, chacun le comprend, c’est qu’on ne le développera pas de la même manière selon le résultat...

Entretien réalisé par

Thomas Lemahieu

Par Ph POURTIER - Publié dans : cyberemy
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Mercredi 18 mai 2005

Dans le cadre de la campagne pour le « NON de GAUCHE » du prochain référendum, la fédération du Parti Communiste Français de la Drôme, pense organiser un banquet républicain en fin de campagne pour permettre à tous ceux qui le souhaitent de pouvoir exprimer et à leur manière leur NON.

La date retenue est le Dimanche 22 mai 05.

Je te joins l’invitation que j’aurai du t’envoyer il y a quelque temps déjà (mea culpa)

 

Mon idée personnelle va plus loin que le simple banquet républicain. Il nous faut dès aujourd’hui penser à l’après référendum. L’idéal (que j’imagine) serait de regrouper tous les partisans du non démocratique, progressiste, antilibéral, européen et internationaliste dans une plateforme citoyenne ou chacun pourrait exprimer ses sensibilités qu’il soit ou non impliqué dans un mouvement (associatif, syndicaliste, politique…), sans prédominance quel quelle soit. Ce pourrait être un lieu pour lever des clivages qui souvent n’ont plus de réalité autre qu’historique et d’affiner (d’affirmer ?) ce qui nous rassemble. Et être une force de propositions alternatives face aux égarements de l’actuelle classe politique au pouvoir ou dans l’attente de l’être.

Je sais que cela existe déjà dans quelques départements (notamment le Doubs)

Ce banquet organisé par le PCF/26 pourrai être l’occasion (en dehors d’exprimer son NON au TCE) de montrer et d’exprimer en quelques mots qu’il existe un potentiel et une volonté d’un tel rassemblement citoyen.

Si toi ou quelqu’un de ton entourage souhaite y participer tu peux me répondre par courriel ou envoyer ta réponse à PCF.26@wanadoo.fr ce n’est pas trop tard

Par P. CRESSEND - Publié dans : cyberemy
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Mercredi 18 mai 2005

Toni Negri, figure altermondialiste, appelle à approuver la Constitution :
«Oui, pour faire disparaître cette merde d'Etat-nation»
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Par Vittorio de FILIPPIS et Christian LOSSON
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vendredi 13 mai 2005 (Liberation - 06:00)
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l'Italien Toni Negri, 71 ans, est un penseur de la contestation du capitalisme et une figure de l'altermondialisme. Il a inspiré les «désobéissants» italiens lors des manifestations du G8 de Gênes et a notamment écrit Multitude avec l'Américain Michael Hardt, en 2004. Il participera ce soir à un meeting pour le oui à Saint-Michel-sur-Orge (Essonne) aux côtés du socialiste Julien Dray et du Vert Daniel Cohn-Bendit.

Comment un contestataire radical tel que vous peut-il appeler à voter oui ?

Parce que la Constitution est un moyen de combattre l'Empire, cette nouvelle société capitaliste mondialisée. L'Europe a la possibilité d'être un garde-fou contre la pensée unique de l'unilatéralisme économique : capitaliste, conservateur et réactionnaire. Mais l'Europe peut aussi s'ériger en contre-pouvoir contre l'unilatéralisme américain, sa domination impériale, sa croisade en Irak pour dominer le pétrole. Les Etats-Unis l'ont bien compris, qui, depuis les années 50, luttent comme des fous contre la construction européenne. Ils y voient un verrou à l'extension de leur pouvoir. De la même manière, ils s'opposent à l'émergence de la Chine ou à une alliance régionale en Amérique latine...

Les proeuropéens du non reprochent justement à la Constitution de ne pas porter un modèle assez alternatif à celui des Etats-Unis...

Je suis d'accord. Mais ils se trompent de rendez-vous. Ils mythifient une Constitution qui n'est qu'un passage. Elle fait du bien, et fera du bien tout de suite ! Car la vraie question c'est qui va réguler le marché mondial ? La résistance nationale n'est plus un rempart. Seule la poursuite de la construction européenne peut permettre de bâtir des alternatives globales pour ce que j'appelle les multitudes, les mouvements de résistance à l'Empire. Des changements qui délimitent un nouvel espace politique dans lequel cette merde d'Etat-nation va disparaître. La Constitution introduit une nouvelle étape vers plus de fédéralisme, même si elle n'est pas assez fédéraliste.

Comment un pourfendeur des marchés peut-il appuyer un texte qui sanctuarise le libéralisme ?

Ce n'est pas la question ! On sait que l'esprit de la Constitution a un fond de sauce libérale... Et alors ? Oui, elle est bourrée de défauts, de manques, mais elle introduit de nouveaux droits via la charte des droits fondamentaux. Il faut être pragmatique. C'est quoi être de gauche aujourd'hui ? Quelle alternative propose le non ? Il n'y a pas un seul projet de réorganisation sociale portée par les syndicats ou la société civile qui ait abouti à de réelles avancées depuis une génération... Que veulent-ils ? Une Constitution européenne ou une Constitution d'un modèle communiste ?

Comme d'autres ex-révolutionnaires, vous êtes devenu «libéral-réaliste» ?

Je ne suis pas soudainement devenu un vieux con libéral. Je suis un révolutionnaire réaliste. Pourquoi la France est-elle aussi butée ? En Italie, en Allemagne ou en Espagne, même dans les milieux altermondialistes, mon message est audible. Ils ont bien compris l'enjeu du oui. En France, le débat est renversé. Je passe pour un obscur, mais ce sont les autres qui le sont. Moi, je suis clair : il faut être imbécile pour croire qu'on peut construire l'égalité à partir d'une Constitution. Si la France dit non alors qu'elle est le moteur de l'Europe avec l'Allemagne, elle passe à côté d'un cap historique.

Vous rejouez le «oui ou le chaos» ?

C'est oui ou la politique du pire. C'est oui ou la disparition d'un nouvel espace de lutte contre l'hégémonisme de l'Empire. C'est oui ou abdiquer face aux néoconservateurs américains. On ne peut pas être anti-impérialiste, altermondialiste, et ne pas avoir conscience de ce rapport de force ! Le non détruit cet équilibre ; il détruit tout ; le danger sera énorme. Quel que soit le résultat, il y aura une crise. Si la Constitution est recalée, la crise sera européenne. On vivra le retour des déchirures familiales, en France, mais aussi entre la France et l'Allemagne. Si le oui l'emporte, il y a aura crise, inéluctablement. Mais celle-là sera internationale. Ce sera celle qui opposera deux modèles : l'européen et l'américain.

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Mercredi 18 mai 2005

In Le Monde du 10/05/05

La distribution à profusion du texte du projet de Constitution européenne ne va qu'accroître la confusion et la perplexité. De même que l'on tire les arguments les plus contradictoires de la Bible, du Coran et des Evangiles, de même, très légitimement, les partisans du non extraient les éléments négatifs du texte constitutionnel, tandis que les partisans du oui en extraient les éléments positifs. D'où, pour le citoyen incertain, un accroissement d'incertitudes et, dans l'incertitude, la disposition à un vote négatif.

Or c'est un vice de pensée que de se concentrer exclusivement sur un texte. Le sens de tout texte ne s'éclaire que dans la considération de son contexte, et ici seul le contexte permet de déterminer le choix.

Quel est le contexte ? Il est historique et il est actuel.

Le contexte historique nous ramène à l'idée première. Afin d'en finir avec les deux guerres suicidaires du XXe siècle, les "pères fondateurs" ont incité à une union politique et culturelle qui unirait les nations sinon dans une fédération, du moins dans une confédération.

La résistance des nationalismes, notamment français, a empêché dans les années 1950 toute institution supranationale et elle a rejeté notamment la Communauté européenne de défense.

Comme, au cours des années 1950 un formidable essor économique traversait l'Europe occidentale, alors, de même qu'un fleuve qui rencontre un obstacle granitique opère un méandre pour le contourner, de même, le flux politique européen opéra un méandre économique et il élabora un marché commun qui finalement s'est épanoui avec la monnaie commune.

C'est alors qu'il apparaît nettement aujourd'hui que l'Europe économique n'est qu'un nain, voire qu'un fœtus politique, et cela en un temps où de plus en plus le besoin pacificateur et novateur de l'Europe se fait sentir dans un contexte planétaire lui-même de plus en plus cahoté et chaotique et en un temps où la conscience d'une communauté de destin devrait s'imposer face aux puissances continentales comme les Etats-Unis, la Chine, l'Inde, l'Amérique latine : non tant pour s'opposer à eux, mais pour imposer sa propre existence d'entité européenne.

Ainsi, nous semble-t-il, le contexte historique et le contexte planétaire actuel nous posent la question : l'Europe doit-elle naître politiquement ou au contraire est-elle seulement vouée à demeurer un marché ?

Alors qu'un vote négatif stimulerait les oppositions entre souverainistes et européistes partisans d'un nouveau traité, entre trotskistes, communistes, fabiusiens, emmanuellistes, de villiéristes et lepénistes, l'adoption d'une Constitution dépasserait le caractère hétéroclite des partisans du oui.

Dans ce contexte, la Constitution, avec ses défauts et ses qualités, ses carences et ses oublis vaut mieux que pas de Constitution du tout, car elle apporterait un socle politique institutionnel à partir duquel une dynamique politique endormie pourrait se réanimer.

Or la vraie difficulté du oui se trouve dans son incapacité à se hisser au niveau politique et je dirais même au niveau anthropologique qui nous situe et nous donne un rôle au sein de l'humanité planétarisée.

Tout d'abord, la réduction massive du politique à l'économique aussi bien à droite qu'à gauche ne considère le problème européen qu'en termes de chômage, emploi, croissance, pouvoir d'achat.

Et, sur le plan économique, aussi bien détracteurs que partisans de la Constitution trouvent des arguments pertinents, car l'économie commune présente des avantages et des inconvénients, car la technocratie de Bruxelles a pris des décisions néfastes comme des décisions utiles ; de plus, l'insertion dans le marché mondial provoque divers avantages mais aussi divers inconvénients sur l'emploi.

Or c'est à un autre niveau, proprement politique, que se situe l'idée de Constitution, mais la triste incapacité de penser la politique et de dégager une voie d'avenir pèse négativement sur le référendum.

C'est dans ce vide que les considérations immédiates, particulières, corporatives, totalement privées d'horizon, poussent individus et groupes à considérer les problèmes globaux du point de vue des intérêts sectoriels et fragmentaires.

Ce qui manque pour peser positivement sur le vote, c'est la conscience d'une communauté de destin à échafauder. C'est la conscience d'un grand dessein que l'Europe devrait apporter à elle-même et au monde. C'est la conscience que, dans la menace de guerre de civilisation et/ou de religion, l'Europe pourrait se dresser comme force pacifiante parce que portant en elle une diversité multiculturelle et multireligieuse pacifique et parce que portant enfin en elle un véritable universalisme.

C'est la volonté de rompre définitivement avec une civilisation de la puissance pour s'engager dans une civilisation de la rencontre et du dialogue. C'est d'ouvrir une voie de salut pour l'humanité.

Comme le vaisseau spatial Terre est propulsé par quatre moteurs incontrôlés, science, technique, économie, profit, celui-ci va dans le sens des accroissements quantitatifs et que ces accroissements conduisent à la dégradation de la biosphère et finalement au désastre.

Or l'Europe pourrait être porteuse d'un modèle qualitatif fondé sur la qualité de vie et ce qu'Aristote appelait la vie bonne. Bien sûr, tout cela nécessiterait une pensée, une conscience de la nécessité et de la difficulté de changer de voie. Nous en sommes loin.

Nous sommes dans le "trou noir politique" ; nous sommes dans l'incapacité de concevoir nos contextes et le contexte même du référendum.

Un vote négatif aurait à mon sens des conséquences négatives. Il ne susciterait toutefois pas le chaos : nous y sommes ; il l'aggraverait sans doute, mais surtout il tuerait dans l'œuf l'Europe politique, seule condition pour que l'Europe devienne européenne. Alors apparaît clairement la question : l'Europe sera-t-elle européenne ou ne restera-t-elle qu'un souk commun ?

Par Edgar MORIN - Publié dans : cyberemy
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