QUE LA FORCE SOIT AVEC... MAIS PUTAIN LAQUELLE ???
Votez Non ! - Mais non, votez Oui ! Ah oui, mais Non ! Mais oui !
Votez Non ! - Mais non, votez Oui ! Ah oui, mais Non ! Mais oui !
A une semaine du référendum sur le TCE, le comportement des « leaders » du oui, comme du non, de gauche, menacent celle ci d'un nouveau discrédit, par incapacité à incarner un projet mobilisateur et créateur de possible et d'avenir collectifs.
Avec des accents qui empruntent de plus en plus à des temps qu'on croyait révolus, les imprécateurs les plus sectaires de la campagne du non de gauche sont aussi peu sourcilleux des relents « sécuritaires » de certains argumentaires et amalgames de leur camp qu'ils sont soucieux de vouer les partisans du oui de gauche aux gémonies du social libéralisme et de la trahison de classe.
Les principaux animateurs -socialistes- de la campagne du oui ne sont quant à eux pas à la hauteur des enjeux. Les chantages au chaos et le rejet de tous les partisans du non comme « anti-européens » sont infondés et ne constituent en rien des arguments susceptibles d'emporter l'adhésion.
Aux premiers nous reprochons d'une certaine façon de tomber dans le panneau libéral. En se focalisant sur la comptabilité des références au libre marché, ils en oublient, souvent négligent, et parfois méprisent, les aspects éminemment civilisationnels et non marchands, qui sont spécifiques au projet européen : les précieuses références à la paix et à la légalité internationale, le refus des discriminations fondées sur l'origine ou sur l'orientation sexuelle, les références constitutionnalisées au respect des droits de l'homme, la prise en compte des droits de l'environnement et des générations futures comme objectifs de l'union etc... Cette forme de mimétisme n'est elle pas un marqueur du besoin de renouvellement de la pensée de gauche, modérée comme radicale ???
Aux seconds nous en voulons de ne pas davantage expliquer et porter certains objectifs :
La fameuse et libérale partie III qui seule nous restera, en cas de rejet du TCE, n'est pas que la compilation des anciens traités. Elle en modifie certains chapitres. Il deviendra ainsi possible au Parlement européen, devenu co-législateur et maître du budget agricole de réformer, un modèle agricole qui profite tant aujourd¹hui à l'agro-industrie intensive et exportatrice ... française. L'élaboration d'une politique commune d'asile et d'immigration est quant à elle indispensable pour faire disparaître la course au moins disant « accueillant » révélée par la crise de Sangatte en supprimant le droit de veto dont usent et abusent les ministres de l'intérieur. Ces évolutions sont elles vraiment souhaitées à gauche ? existe t'il un candidat à la présidentielle prêt à expliquer que l'avenir de la France et de l'Europe sociales se jouent aussi sur ces choix ?
On n¹est malheureusement qu¹à peine surpris que tous, partisans du oui et du non, oublient allègrement les apports incontestables et mesurables de la législation environnementale européenne en France ou les effets bénéfiques des mises aux normes environnementales préalables à l¹élargissement à l¹est (demandez au Danube !) . Les uns seraient obligés de reconnaître que cette Europe libérale impose des contraintes et réglementations à l'industrie. Les autres forcés de renier leurs complaisances passées avec les opposants à Natura 2000.
N'en déplaise aux amateurs de simplifications et de caricatures, il ne nous est pas demandé de répondre oui, ou non, à l'Europe libérale ; la belle affaire, ce serait si facile.
Nous avons à rejeter, ou approuver, le TCE, selon qu'il nous paraît porter la promesse de toujours plus droit pour les affaires et les marchés ou plus de droits individuels et collectifs des citoyens.
Nous voterons oui parce que l'unique alternative réellement existante est entre le Traité de Nice et le TCE et parce que ce dernier donne plus de pouvoir d¹action aux citoyens et à leurs représentants.
Parce que les parties I, II et IV portent la démocratisation de l'Union européenne et de ses modes de définition des politiques, de décision.
Parce que la partie III, les politiques, seront plus facilement révisables, modifiables, avec le nouveau Traité constitutionnel qu'avec les traités en vigueur.
Parce que l'ensemble, amorce une Union plus démocratique et plus politique.
Le TCE n'est certainement pas une condition suffisante pour l'Europe sociale, il en est une condition nécessaire. Les avancées sociales de demain, comme celles d'hier, on sait cela à gauche, procèderont des luttes sociales ; elles n'ont jamais été « données ».
Nous pourrons plus facilement nous y employer demain dans une Union qui reconnaît comme objectifs l'économie sociale de marché, le haut niveau d'emploi, la lutte contre la pauvreté et les exclusions, la non discrimination...
Nous avons coutume de beaucoup exiger des autres, soyons exigeants avec nous mêmes : ne réduisons pas l'Union européenne à un espace de libre échange. Ou alors sortons de notre hexagone et allons voir si dans l'Alena (l'alliance de libre échange nord américaine) la peine de mort est interdite, les droits fondamentaux et l'accord de Kyoto sont approuvés et s'il est seulement imaginable que des mexicains et des canadiens votent une loi qui s'applique aux USA !?
Ce oui est tout le contraire d¹on ne sait quelle résignation à l¹état des choses. Il s¹inscrit dans la volonté de dépasser par le haut les échecs et les erreurs de la période passée. Il appelle la redéfinition d'un nouveau projet collectif, pour la gauche et l'écologie. Imaginer une alternative à la mondialisation libérale nécessite de développer ici et maintenant, à l'échelle européenne des voies nouvelles ; nos partenaires des forums sociaux planétaires n¹attendent pas moins.
L'Europe s'est construite par le marché, elle en porte les traces. Le pire serait de confier l'écriture des pages suivantes aux seuls thuriféraires de l'intégrisme monétariste et ultra libéral. C'est bien le risque que porte l¹hypothèse pour le moins crédible, d¹un échec de la demande de renégociation, qui est le seul débouché dont il faut faire crédit aux partisans du non de gauche.
Il faut aussi rendre justice à ces derniers d'avoir forcé le débat et facilité son appropriation par les citoyens. Ce n'est pas une raison pour nous tirer une balle dans le pied en votant non. C'en est une pour ré investir la demande d'Europe dans la définition d'un projet d'avenir, en transcendant les clivages actuels.
Mais soyons convaincus qu¹il n'y a ni avenir ni utilité pour la gauche et l'écologie en France qui ne passe par la case EUROPE.
Le 20 mai 2005
- Claude Taleb, Vice-président, Vert, du Conseil régional de Haute Normandie
- Hélène Flautre, Députée européenne, les Verts, Présidente de la sous commission des Droits de l¹Homme
- Sergio Coronado, Porte-parole des Verts
Ce matin, grosse rafales de contribution pour le Oui et oui ! La fièvre des débats a gagné les partisans « de base » du TCE, qui ne se contentent plus de laisser causer les ténors dans les médias !
Depuis quelques jours, je découvre avec surprise que, dès que jaborde la question du référendum, les interlocuteurs qui me connaissent lèvent les yeux au ciel et soupirent bruyamment en geignant « Oh merde qui cest quà mis cent balles y recommence ! », produisent les gestes et mimiques dexaspération adaptés et entrent dans la discussion Je parle des personnes plutôt favorables au TCE, qui ont longtemps fait comme jai longtemps fait, cest-à-dire considéré que le texte constituait un pas de plus dans la construction européenne, donc un pas souhaitable point-barre.
Il y a un peu plus dun mois, on avait organisé une soirée-débat autour du texte, ce jour-là jétais plutôt Non, et il ny avait que des nonistes dans la salle Les seuls qui « en » parlaient (excepté les militants engagés dans chaque camp) étaient ceux qui se posaient des questions, et sinquiétaient des contenus quils découvraient.
Avec dautres, je me réjouis que la polémique lancée par les premiers critiques autour de ce TCE ait amené plein de gens à échanger, à sinterroger, à parler politique. Sans doute quelque chose qui a germé entre deux certains tours jadis, navait pas vraiment pris, et ressurgit aujourdhui autour dun enjeu plus facile à cerner, car ramassé autour dun texte
Dans les discussions auxquelles je participe en ce moment, la question centrale est devenue celle de la « règle du jeu » : la règle du jeu, cest ce qui organise le jeu, et permet de déterminer qui gagne et comment. Les Oui trouvent que le TCE remplit ce rôle, sans génie certes, mais sans fausseté et surtout mieux que les dispositions précédentes. Les Non voient dans le texte une règle qui désigne le gagnant avant que la partie soit commencée Ou plus exactement organise le jeu de manière que seule léquipe choisie gagne.
Je me souviens dun film de 72, je crois, qui a été victime récemment dun remake passé inaperçu. Ca sappelait Rollerball. Film danticipation qui figurait un pays unique sous la coupe dun gouvernement à la Orwell, ayant institué de nouveaux jeux du cirque pour gérer la population. Les équipes de Rollerball, sport ultra-violent à mi-chemin entre le hockey, le foot américain et les combats de gladiateurs, y étaient lallégorie des nations et du « struggle for life ». Les joueurs des demi-dieux adulés, et la notion déquipe, de collectif soudé vers la victoire, la valeur ultime. Paf ! Grain de sable, arrive un type tellement doué quil devient lidole des foules, qui redécouvrent à travers ses exploits la félicité dêtre un individu au lieu dun rouage, et celle dêtre un homme libre plutôt quun serviteur du système.
Que croyez-vous quil se passât ? Les autorités tentèrent dembobiner le héros, puis, voyant (je vous passe les détails sur sa vie affective broyée par la classe dirigeante et tout) que ça ne marchait pas, changèrent les règles du jeu, pour faire en sorte que le héros succombe. Le film se termine sur la victoire dudit, car c'est un film américain, mais on a bien compris quil passerait pas le prochain match.
Moralité : on ne fout pas la merde dans un système qui sert si bien ses décideurs
Je crois à présent quon ne sauvera pas Padmé en lui volant son âme, et en livrant la galaxie à lEmpire. Annakin avait tort. Le Sith triche, et le TCE a quelque chose de faustien à mes yeux.
Deux raisons maintenant me font pencher en faveur du Non.
Dabord, je ne crois plus que continuer à lutter de front avec les adversaires économiques avec les mêmes tactiques nous mènera à en triompher. Car les règles du jeu de la mondialisation sont mal faites, elles permettent de tricher. Ceux qui, en Europe, sortiront gagnants de cette lutte sont très peu nombreux. Padmé peut-être survivra, mais dans une galaxie ruinée, et comme hétaïre des Sith.
Ensuite, jai entendu hier matin lun des ténors du Oui (je me souviens plus qui pardon) expliquer très sérieusement que le débat autour du référendum ne pourrait rester sans suite. Que, au-delà de lévidente mauvaise foi des tenants du Non, des questions véritables avaient émergé, et que la victoire ne devrait pas faire léconomie de la prise en compte de ces questions après quelle soit survenue.
Ces mots, dits avec conviction, firent écho à un vieux souvenir issu dun certain entre-deux-tours dune ancienne élection en France. Un entre-deux-tours où la catastrophe était à nos portes. Javais alors entendu des mots à peu près exactement semblables : la situation aberrante révélait un malaise profond, il fallait dabord gagner, mais au lendemain de la victoire, satteler à répondre aux questionnements qui avaient surgis. Et que sest-il passé ? Jai entendu, quelques semaines plus tard, ces mêmes démocrates inquiets expliquer sévèrement que ça suffisait la contestation, que les dirigeants dirigeaient avec lapprobation de 82% de la population, et que sa légitimité était totale.
Voilà ce qui motive en second mon penchant du jour pour le Non : si le TCE est adopté à lunanimité, qui en Europe aura légitimité pour en contester même le moindre de ces aspects ? Les partis de gouvernement comme on dit, quils soient de gauche (sic) ou de droite, approuvent le texte. Quelle pression les obligera à affronter leurs pairs, risquer les crises, mettre en péril la sacro-sainte croissance (puisque, comme nous la magnifiquement expliqué M Raffarin il y a peu, il ne peut y avoir de crise politique sans crise économique) inscrite en second dans les objectifs de lUnion, quand le verdict des urnes aura sanctifié le texte ? Pourquoi Chirac a-t-il choisi le référendum plutôt quune ratification par le Parlement, qui lui est acquis ? Par là, quel poids aura la voix de Français qui exigeront quon réforme le texte, quand le peuple Français laura adopté ? Quel poids aura la voix de citoyens européens qui exigeront quon réforme le texte, quand les peuples européens au complet lauront adopté ?
Je ne crois pas quune victoire du Non amènera une renégociation du TCE. Trop compliqué, trop denjeux dans les étages supérieurs. On trouvera un moyen de faire adopter ce texte en létat, et lUnion pourra fonctionner comme lont souhaité ceux qui ont rédigé cette règle du jeu. Sans doute pour le bien commun, mais en ne perdant pas de vue quon ne fait pas domelette sans casser des ufs surtout quand on sait lesquels
Mais il restera une hypothèque sur la perfection du traité. Il restera une tâche indélébile sur le buvard des signatures. Un européen, et dautres avec lui, auront le droit moral de le critiquer. On pourra même pas lui dire quil avait quà râler avant. Et dans une époque où la morale tient lieu de conscience politique, définit les libertés des individus et assure la réforme du vocabulaire, ça sera pas de trop !
DANS QUEL BUT DOIT ON VOTER AU REFERENDUM SUR LA RATIFICATION
DU TRAITE CONSTITUTIONNEL EUROPEEN
Malgré les apparences la question historique fondamentale qui est posée aux citoyens ne réside pas dans le TEXTE du Traité mais dans la STRATEGIE politique qui sera suivie
Il est très difficile de savoir davance quelle est la stratégie qui sera la meilleure pour donner un caractère « social » aux institutions européennes. Cest à dessein que jemploie le mot « stratégie » plutôt que de parler comme tout le monde de « constitution ». Je ne crois pas, en effet, que lavenir de lEurope puisse dépendre dun « texte » ; je crois plutôt quil dépendra de lévolution des rapports de forces politiques.
Autrement dit, lEurope, comme elle sest dotée dinstitutions pacifiques en donnant le pouvoir à des hommes qui voulaient la paix, pourra se doter dinstitutions sociales, si les peuples qui la composent donnent le pouvoir à des majorités sociales ou socialistes.
Si lon juge le « texte » du Traité constitutionnel, il a beaucoup de défauts. :
1. - On peut reprocher à la première partie (les institutions) de napporter que de faibles progrès par rapport aux institutions actuelles mais dun point de vue démocratique ce sont des progrès quand même : notamment - lobligation de nommer le Président et les membres de la Commission en fonction de la majorité parlementaire lobligation davoir un vote majoritaire du Parlement pour adopter une loi lextension des décisions intergouvernementales (Conseil des ministres) prises à la majorité qualifiée au lieu de lunanimité (droit de veto)
2. - On peut reprocher à la deuxième partie (la Charte des droits fondamentaux) de ne pas aller plus loin que les droits déjà acquis du moins pour nous en France, car pour dautres pays européens certains de ces droits ne sont pas encore acquis . Cependant le Traité donne une valeur contraignante à ce qui nétait jusquici quune déclaration sans portée et cela nest pas rien ! Rappelons nous que la Constitution française est précédée dune « Déclaration des droits de lHomme » qui affiche lEgalité et que cela na pas empêché la France dêtre un des derniers pays dEurope a donner le droit de vote aux femmes ni quelle reste aujourdhui un des pays où lécart des revenus entre riches et pauvres est le plus élevé !
3. - On peut enfin et surtout lui reprocher le Titre III (lensemble des règles de fonctionnement économiques très « libérales ») qui est très mauvais. Mais attention que ce Titre III ne fait que reprendre les traités actuellement en vigueur et quelles pourront être modifiées sil y a des majorités pour le vouloir.
Par contre ces règles ne seront pas abolies si lon vote Non puisquon reviendra à lapplication des traités antérieurs.! Paradoxalement cest cette plus mauvaise partie qui sera conservée tandis que les deux premières parties, insuffisantes mais en léger progrès, seront rejetées
Mais, pour ceux qui veulent une Europe sociale, cest moins le texte du TCE que la stratégie politique qui pourra suivre qui est importante
Il ne faut pas saffoler à cause du mot « Traité constitutionnel ». Lhistoire nous montre que la durée de vie des Traités est très courte (moins de dix ans) et que les peuples ou les dictateurs balancent ou contournent - les constitutions quand ils nen veulent plus. A moyen terme lEurope continuera à évoluer avec ou sans la ratification du Traité. Et à court terme ce qui importe le plus cest la stratégie politique que le traité permettra ou ne permettra pas de développer.
Si lon vote OUI. le progrès social nest pas assuré mais il est possible - à condition que les militants de gauche sachent envoyer une majorité de députés sociaux ou socialistes (ce qui, entre parenthèses, nest pas évident car ils peuvent aussi, comme la dernière fois, négliger les élections européennes et se retrouver avec un majorité conservatrice) Cest cependant POSSIBLE puisque dun côté les lois devront être votées avec une co-décision du Parlement et rédigées par une Commission reflétant la majorité parlementaire et que de lautre c^té les gouvernements nauront plus de droit de veto.
Si lon vote NON, on maintient provisoirement le système actuel de pouvoir (cest-à-dire que les gouvernements peuvent décider de passer outre aux votes du Parlement) et on prévoit une renégociation du Traité. Mais cette renégociation ne pourra se faire quavec les mêmes partenaires gouvernementaux, plus les 10 nouveaux pays qui sont plus réactionnaires encore ! Et avec la majorité parlementaire actuelle qui est à droite ! Même en France dailleurs où une majorité de Non ne représenterait pas une majorité de gauche ! Quels progrès peut on espérer dune négociation dans de telles conditions ? Probablement aucun sur le plan « social »
Par contre on peut craindre un affaiblissement de lUnion européenne vis à vis de ceux qui souhaitent la mettre à lécart cest-à-dire les USA (avec laide des Britanniques), la Russie, la Chine. Ce nest évidemment pas un bon moyen davancer vers une Europe plus sociale
Il me semble donc quil faut que les militants de gauche se ressaisissent et comprennent que lavenir dune politique sociale européenne ne se trouve pas dans la satisfaction intellectuelle davoir rejeté un « mauvais » texte, mais dans le courage politique de militer au niveau européen pour que les peuples des pays européens élisent des députés européens capables de sopposer aux représentants des gouvernements et des puissances financières, en se servant des institutions mises en place par le TCE qui leur en donnent la possibilité
Attention ! En votant Non pour des raisons « de gauche » on se donnerait bonne conscience mais en fait on consoliderait lEurope ultra libérale des Etats-Nations opposés aux contraintes des politiques sociales réclamées par les peuples. Si lon veut une Europe sociale, il faut dabord voter Oui pour donner plus de pouvoir au Parlement européen et ensuite, aux prochaines élections européennes et nationales, élire des majorités « de gauche » qui pourront modifier les politiques actuellement en vigueur
Il y a urgence à peser sur les choix afin que l'Europe à 25 évite les écueils de l'ancienne.
Pour un oui de combat
Par Monique VUAILLAT
Monique Vuaillat ancienne cosecrétaire générale de la FSU (fédération syndicale unitaire).
Ce traité constitutionnel a au moins le mérite de revitaliser le débat politique en France. Souhaitons que ce ne soit pas un feu de paille, un scrutin chassant souvent l'autre. Dommage que la gauche et le syndicalisme dans leur diversité aient trop négligé d'agir depuis Nice ! Nous avons trop laissé les gouvernements successifs s'occuper ou non de l'Europe. Tirons-en la leçon.
Est-ce à dire que l'avenir sera figé par le vote du 29 mai ? Traité constitutionnel ou pas, la construction européenne va se poursuivre parce que c'est désormais l'espace pertinent incontesté. Un traité exprime le droit, l'action citoyenne le fait évoluer. L'enjeu de tous ceux, dont je suis, qu'ils s'expriment par un oui ou un non «de gauche», est de devenir assez influents pour orienter l'UE vers des politiques de coopérations équilibrées fondées sur le développement humain, l'écologie, sur des valeurs de justice sociale partagées. Car ce sont ces références que nous essayons de construire à l'échelle de la mondialisation. Il faut aller vite dans cette lutte d'influence.
Ce qui me décide à voter oui ce qui n'allait pas de soi c'est cette urgence des choix sur lesquels il faut pouvoir peser immédiatement et pas dans dix ans pour que l'Union européenne à 25 ne prenne pas tous les mauvais plis de l'ancienne. On ne peut prétendre que le libéralisme se répand à la vitesse de la lumière et préconiser le chemin le plus long et le plus escarpé pour stopper sa course, en misant tout sur une hypothétique renégociation du traité. Le tout ou rien dans l'action politique et sociale laisse souvent le champ libre à ce que l'on veut combattre, en France et ailleurs. Dans le contexte (tel qu'il est et non tel qu'on voudrait qu'il soit) de l'Union européenne à 25, il est essentiel que les différents acteurs politiques et sociaux de la France ceux d'aujourd'hui et ceux de l'après-2007 restent dans le jeu pour avoir une chance d'être mieux entendus des autres pays et de leurs populations.
La mobilisation critique d'aujourd'hui peut produire des dynamiques et changer la donne si des relais sont pris. Elle interpelle fortement les gauches françaises, dans leurs projets pour la France et pour l'UE, ainsi que les gauches européennes. De mauvais choix ont été souvent faits et les retards à rattraper apparaissent encore davantage aujourd'hui. Que le traité soit ratifié ou pas, il faudra bien répondre à des questions brûlantes comme celles-ci par exemple : Compte tenu des écarts qui existent entre les 25 pays de l'UE, quelle politique commune contre le dumping fiscal et social mettre en place ? L'Union va-t-elle se donner les moyens de financer les pays les plus en retard économiquement et socialement pour que se nouent des échanges et des coopérations équilibrées ? Alors que s'engage la discussion sur le prochain budget de l'Union pour la période 2006 à 2013, les Etats, dont le nôtre accepteront-ils d'augmenter leur contribution ? C'est un des leviers pour mettre en place une politique économique et sociale régulée dans l'intérêt bien compris de tous les pays et dans le cadre d'un développement durable. C'est une des clés pour investir dans une politique de grands travaux, pour financer des programmes de recherche, pour renforcer les relations Nord-Sud.
L'urgence du moment, pour nous qui combattons cette «Europe libérale», c'est d'être dans le terrain du jeu national et européen, et non dans la position d'un juge de touche. C'est pourquoi, forts de projets alternatifs, nous devons tirer partie des espaces ouverts par les parties I et II de ce traité si petits soient-ils et pour les forcer et exploiter aussi ses vacuités. J'exprime ici une différence de choix stratégique avec une partie de mes amis qui voteront non !
C'est aussi en étant plus assidu dans les lieux où l'Europe se fait au quotidien, en pratiquant un lobbying politique, social, environnemental conquérant tant auprès des gouvernements des Etats qui restent responsables à 90 % de leur politique nationale que des institutions européennes que l'on pourra progressivement avancer... Et ce n'est pas que l'affaire des élus, mais c'est aussi celle des citoyens. Les syndicalismes français et européens, s'ils sont porteurs de projets économiques et sociaux, pourront aussi prendre une part déterminante aux mouvements sociaux qui sont des compléments indispensables au droit de pétition ouvert par le traité. En soulignant l'avancée que représente l'inscription dans le traité constitutionnel de la charte des droits fondamentaux, la Confédération européenne des syndicats revendique à juste titre le fruit de son action et de ses interventions ; il y a là, en effet, des conquêtes potentielles pour les salariés et les chômeurs de plusieurs pays dont les gouvernements veulent d'autant moins entendre parler que les syndicats sont souvent inexistants. L'Union européenne a grand besoin d'un syndicalisme fort, ouvert à tous, indépendant et combatif. La CES peut être celui-là.
Le combat pour l'Europe, c'est comme l'ascension d'un sommet en alpinisme. C'est en franchissant les prises, les unes après les autres, que l'on parvient à prendre de la hauteur. C'est un principe de base pour ne pas courir le risque de tomber au pied de la falaise... Le «oui de combat» est pour moi une de ces prises.
Le pari historique de la construction européenne.
Il faudra voter « Oui » lors du référendum sur le traité constitutionnel. Non parce quil sagirait dune bonne Constitution : Elle reflète malheureusement les rapports de forces politiques actuels en Europe et sinscrit globalement dans une optique social-libérale. Mais parce quil ny a pas de scénario alternatif crédible à léchelle européenne. La Constitution permettrait deffectuer un pas en avant dans la voie de lintégration politique continentale, et donc vers le cadre institutionnel le plus adéquat pour les combats de la gauche, des féministes ou des écologistes. Le « oui » de gauche constitue un pari, le pari quil sera possible dinvestir ce cadre et de le transformer lorsque les rapports de force auront évolué. Cest aujourdhui le seul pari crédible.
Un premier argument historique plaide en ce sens. Les Etats nations qui ont permis lessor de la démocratie et la conquête dacquis sociaux ont dabord été des états autoritaires au service des privilégiés ; ils ont largement contribué à imposer la mise en place dun capitalisme sauvage. Mais leur existence a rendu possible une politisation et une généralisation des luttes, linstauration progressive dun cadre plus ou moins démocratique, puis dans un second temps, la constitution dun Etat social. Au regard de cette analogie, la marche actuelle vers un Etat européen malgré les « déficits » qui la grèvent, seffectue dans des conditions beaucoup moins défavorables pour les classes populaires que sous les monarchies absolutistes ou sous le libéralisme du XIX siècle.
Le second argument historique est que la construction européenne représente une innovation décisive au regard du passé. Les Etats nations ont eu une face sombre marquée par le colonialisme, les génocides, les guerres. LEurope actuelle ne sest pas affranchie complètement de cette histoire, mais elle est cependant le fruit des luttes et des réflexions passées. LUnion européenne constitue une preuve tangible quune construction post-nationale est possible, à lintérieur de laquelle la guerre est inconcevable et les replis nationalistes limités, où lEtat de droit est garanti, ou un certain nombre de droits humains et citoyens sont reconnus et matérialisés. Une telle structure est dautant plus nécessaire que le cadre national nest plus à lui seul suffisant pour permettre daffirmer un contrepoids politique, social et écologique face à laffirmation des logiques purement marchandes. La dynamique de mondialisation économique est inéluctable : elle sinscrit dans la structure profonde du capitalisme, la dynamique de linternationalisation de celui-ci na jamais connu de recul significatif sur le long terme et lon ne voit pas pourquoi il pourrait en être autrement. De plus, même dans une optique non- ou anti-capitaliste, on ne voit guère les arguments économiques qui plaideraient pour un repli sur le national. Face à ce processus qui sinscrit dans la longue durée, un cadre institutionnel planétaire (comme lO.N.U.) est également nécessaire, et il nest pas acquis que laffirmation dune alternative progressiste puisse simposer réellement dans lUnion européenne. Celle-ci constitue cependant une condition nécessaire de celle-là : sans intégration européenne, il est inévitable que le politique soit de plus en plus impuissante face aux marchés.
Dailleurs, malgré ses limites, lEurope actuelle demeure sans aucun doute une référence positive si on la compare au reste du monde. Quelles sont les autres voies qui se présentent à une échelle un temps soit peu significative ? La première, qui est malheureusement la plus dynamique, est celle dune intégration passant exclusivement par la constitution de zones de libre échange entre des Etats nations plus ou moins démocratiques. LAmérique du Nord en constitue le paradigme et cet exemple bénéficie dune très forte capacité dattraction. Il y serait inconcevable que le vote des mexicains et des canadiens puisse peser qualitativement sur les orientations politiques des U.S.A., quune cour constitutionnelle commune puisse y sanctionner un Etat pour son non-respect des droits humains, que des directives continentales puissent imposer des normes plus progressistes que les nationales en ce qui concerne les droits des femmes La seconde voie, empruntée notamment par la Chine, passe par laffirmation dun pays semi-continental combinant capitalisme sauvage et dictature politique. La troisième voie est celle persistante dEtats nations isolés les uns des autres et permettant dans le meilleur des cas la stabilisation de cadres démocratiques plus ou moins formels. Cette voie est empruntée majoritairement en Amérique latine, dans le monde arabe ou en Afrique noire. Face à des situations qui concernent limmense majorité de la planète, lEurope unie, même sociale-libérale, représente un point dappui. Elle reflète un consensus social et des rapports de force qui restent globalement plus favorables quailleurs aux droits des citoyens, aux intérêts des couches populaires, à lémancipation des femmes, au développement durable. Les reculs importants de ces dernières années sur le plan social nont pas annulé la différence comparative qui sépare sur ce point lEurope du reste du monde. Sur des plans comme lécologie, légalité homme/femme, les droits des minorités, la culture pacifiste, lEurope a même progressé notablement et a tiré vers le haut les sociétés les plus inégalitaires. Elle a par ailleurs contribué de façon importante à la réduction des inégalités régionales à léchelle du continent. Cest en cela quelle représente un « modèle » : elle indique une voie plus progressiste que dautres.
Face à lhégémonie néolibérale, le repli sur un cadre national serait totalement illusoire. Il nest aucun exemple convaincant en ce domaine, du moins sur une échelle un peu significative, et un tel repli vaudrait dans le meilleur des cas que pour certaine niches (comme la Norvège ou la Suisse.) Or, la construction européenne nest pas une fatalité, une donnée qui serait acquise quoiquil advienne. Il sagit dun processus fragile et léchec est toujours possible.
Le seul pari crédible
Dans ce contexte, il est vrai que le traité constitutionnel est ambivalent. Il présente des avancées par rapport à la situation actuelle, à travers le renforcement des décisions prises à la majorité, la Charte des droits, le renforcement du rôle du parlement, la simplification (limitée) des institutions, une certaine ouverture à la société civile, la reconnaissance de certains droits sociaux ou des services dintérêt général En même temps, sur le plan économique, il reprend lessentiel des dispositions néolibérale des traités antérieurs en leur donnant une légitimité plus grande par sa dimension constitutionnelle.
Le problème est quun refus ne pourrait, à lheure actuelle, déboucher sur quelque chose de meilleur. Le traité exprime des rapports de forces assez structurés ; on ne voit ni les forces sociales, ni les forces politiques, ni les mouvements sociaux, ni les gouvernements sur lesquels il serait possible de sappuyer à léchelle européenne pour avoir une chance sérieuse de sortir positivement de la crise quouvrirait un refus français lors du référendum. Le positionnement des gauches nordiques, qui portent les Etats sociaux les plus développés sur le continent, est de ce point de vue significatif. Les forces partisanes dune intégration plus marquée et plus sociale sont minoritaires au sein de la gauche, et celle-ci est minoritaire au sein du continent. Le débat français est insularisé, et même sil débouchait favorablement au niveau national, il ne permettrait pas de gagner des choses significatives au niveau européen (toutes proportions gardées, il serait dailleurs impossible daboutir à un changement national positif si une ou deux régions françaises, fussent-elles la région Rhône-Alpes et la région PACA, votaient à lencontre des autres régions sur des question politiques décisives.)
Dailleurs, les Français seraient-ils crédibles sils savisaient de donner une leçon de politique sociale aux autres Européens ? Le non hexagonal à la Constitution est défendu par des forces très hétérogènes : souverainistes de droite et de gauche, opportunistes menant des combats tacticiens strictement nationaux (Fabius en étant lexemple paradigmatique), pro-européens progressistes (encore faut-il remarquer que nombre de ces derniers sont des « convertis récents, nont jamais soutenu activement la construction européenne dans le passé et nont tenté aucune mobilisation significative pendant les travaux de la Convention.) Comment un camp aussi hétéroclite pourrait-il imposer une Europe plus sociale, venant dun pays ou le Front national était présent au second tour des dernières présidentielles, où une partie de la gauche soppose (ou sopposait, il ny a pas si longtemps) à lidée même dune Constitution européenne, où Fabius a mené la politique que lon sait lorsquil était au gouvernement ?
Le rejet éventuel du traité constitutionnel par la France signifierait dans limmédiat en rester au traité de Nice, qui est nettement pire. Selon toute probabilité, la construction européenne marquerait le pas pendant un certain temps au moins. Il rendrait beaucoup plus probable laffirmation dun scénario encore plus marqué par le libre-échangisme. Lhypothèse dune « crise salutaire » nest guère crédible. Le coup darrêt dans la construction européenne pourrait-être sans retour et la bifurcation vers une simple zone de libre échange gagnerait en crédibilité. La victoire du oui constituerait un petit pas supplémentaire vers lintégration européenne. Elle laisserait le futur ouvert. La « Constitution » ne pourrait être changée quà lunanimité, mais il en allait de même des traités antérieurs, qui ont été maintes fois transformés. Du reste, les Constitutions contiennent généralement assez de dispositions contradictoires pour pouvoir être interprétées dans des sens très différents en fonction des évolutions politiques, et on ne voit pas pourquoi le traité constitutionnel européen ferait exception à la règle. Son adoption préserverait lessentiel et laisserait à pied duvre les forces qui luttent pour le progrès social, les droits démocratiques et le développement durable. La résistance au démantèlement de lEtat social, la lutte pour laffirmation de services publics rénovés, les combats pour lextension des droits et de la démocratie ou pour un monde plus juste auront plus de chance daboutir si elles seffectuent à partir dun cadre politique continental.
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