Lundi 23 mai 2005

Il y a urgence à peser sur les choix afin que l'Europe à 25 évite les écueils de l'ancienne.

Pour un oui de combat

Par Monique VUAILLAT

Monique Vuaillat ancienne cosecrétaire générale de la FSU (fédération syndicale unitaire).

Ce traité constitutionnel a au moins le mérite de revitaliser le débat politique en France. Souhaitons que ce ne soit pas un feu de paille, un scrutin chassant souvent l'autre. Dommage que la gauche et le syndicalisme dans leur diversité aient trop négligé d'agir depuis Nice ! Nous avons trop laissé les gouvernements successifs s'occuper ou non de l'Europe. Tirons-en la leçon.

Est-ce à dire que l'avenir sera figé par le vote du 29 mai ? Traité constitutionnel ou pas, la construction européenne va se poursuivre parce que c'est désormais l'espace pertinent incontesté. Un traité exprime le droit, l'action citoyenne le fait évoluer. L'enjeu de tous ceux, dont je suis, qu'ils s'expriment par un oui ou un non «de gauche», est de devenir assez influents pour orienter l'UE vers des politiques de coopérations équilibrées fondées sur le développement humain, l'écologie, sur des valeurs de justice sociale partagées. Car ce sont ces références que nous essayons de construire à l'échelle de la mondialisation. Il faut aller vite dans cette lutte d'influence.

Ce qui me décide à voter oui ­ ce qui n'allait pas de soi ­ c'est cette urgence des choix sur lesquels il faut pouvoir peser immédiatement ­ et pas dans dix ans ­ pour que l'Union européenne à 25 ne prenne pas tous les mauvais plis de l'ancienne. On ne peut prétendre que le libéralisme se répand à la vitesse de la lumière et préconiser le chemin le plus long et le plus escarpé pour stopper sa course, en misant tout sur une hypothétique renégociation du traité. Le tout ou rien dans l'action politique et sociale laisse souvent le champ libre à ce que l'on veut combattre, en France et ailleurs. Dans le contexte (tel qu'il est et non tel qu'on voudrait qu'il soit) de l'Union européenne à 25, il est essentiel que les différents acteurs politiques et sociaux de la France ­ ceux d'aujourd'hui et ceux de l'après-2007 ­ restent dans le jeu pour avoir une chance d'être mieux entendus des autres pays et de leurs populations.

La mobilisation critique d'aujourd'hui peut produire des dynamiques et changer la donne si des relais sont pris. Elle interpelle fortement les gauches françaises, dans leurs projets pour la France et pour l'UE, ainsi que les gauches européennes. De mauvais choix ont été souvent faits et les retards à rattraper apparaissent encore davantage aujourd'hui. Que le traité soit ratifié ou pas, il faudra bien répondre à des questions brûlantes comme celles-ci par exemple : Compte tenu des écarts qui existent entre les 25 pays de l'UE, quelle politique commune contre le dumping fiscal et social mettre en place ? L'Union va-t-elle se donner les moyens de financer les pays les plus en retard économiquement et socialement pour que se nouent des échanges et des coopérations équilibrées ? Alors que s'engage la discussion sur le prochain budget de l'Union pour la période 2006 à 2013, les Etats, dont le nôtre accepteront-ils d'augmenter leur contribution ? C'est un des leviers pour mettre en place une politique économique et sociale régulée dans l'intérêt bien compris de tous les pays et dans le cadre d'un développement durable. C'est une des clés pour investir dans une politique de grands travaux, pour financer des programmes de recherche, pour renforcer les relations Nord-Sud.

L'urgence du moment, pour nous qui combattons cette «Europe libérale», c'est d'être dans le terrain du jeu national et européen, et non dans la position d'un juge de touche. C'est pourquoi, forts de projets alternatifs, nous devons tirer partie des espaces ouverts par les parties I et II de ce traité ­ si petits soient-ils et pour les forcer ­ et exploiter aussi ses vacuités. J'exprime ici une différence de choix stratégique avec une partie de mes amis qui voteront non !

C'est aussi en étant plus assidu dans les lieux où l'Europe se fait au quotidien, en pratiquant un lobbying politique, social, environnemental conquérant tant auprès des gouvernements des Etats ­ qui restent responsables à 90 % de leur politique nationale ­ que des institutions européennes que l'on pourra progressivement avancer... Et ce n'est pas que l'affaire des élus, mais c'est aussi celle des citoyens. Les syndicalismes français et européens, s'ils sont porteurs de projets économiques et sociaux, pourront aussi prendre une part déterminante aux mouvements sociaux qui sont des compléments indispensables au droit de pétition ouvert par le traité. En soulignant l'avancée que représente l'inscription dans le traité constitutionnel de la charte des droits fondamentaux, la Confédération européenne des syndicats revendique à juste titre le fruit de son action et de ses interventions ; il y a là, en effet, des conquêtes potentielles pour les salariés et les chômeurs de plusieurs pays dont les gouvernements veulent d'autant moins entendre parler que les syndicats sont souvent inexistants. L'Union européenne a grand besoin d'un syndicalisme fort, ouvert à tous, indépendant et combatif. La CES peut être celui-là.

Le combat pour l'Europe, c'est comme l'ascension d'un sommet en alpinisme. C'est en franchissant les prises, les unes après les autres, que l'on parvient à prendre de la hauteur. C'est un principe de base pour ne pas courir le risque de tomber au pied de la falaise... Le «oui de combat» est pour moi une de ces prises.

 

Par Monique Vuaillat - Publié dans : cyberemy
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